Affaire Jérôme Badiaky et Sakory Ka : Le parquet requiert 5 ans de prison contre le « Sniper »....
mercredi 8 juillet 2026 • 191 lectures • 0 commentaires
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iGFM - (Dakar) Le procès de Jérôme Badiaky, alias « Sniper », et de Sakory Ka s’est tenu ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Dakar.
Placé sous mandat de dépôt depuis le 25 septembre 2024, Jérôme Badiaky est poursuivi pour détention d’armes sans autorisation administrative, trafic illicite d’armes, usurpation de fonctions publiques civiles ou militaires, escroquerie portant sur les avantages de l’État ainsi que pour des manœuvres et actes de nature à compromettre la sécurité publique.
À ses côtés comparaissait Sakory Ka, frère de l’ancien ministre Doudou Ka, écroué le 28 novembre 2024 et poursuivi notamment pour détention d’armes sans autorisation et trafic illicite d’armes.
À l’issue des débats, le procureur de la République a requis cinq ans d’emprisonnement ferme et une amende de 5 millions F CFA contre Jérôme Badiaky. Contre Sakory Ka, le ministère public a sollicité trois ans de prison ferme assortis d’une amende de 2 millions F CFA.
Sur les faits
L’information judiciaire a été ouverte après l’interpellation de Jérôme Badiaky, le 18 septembre 2024, par la Division des investigations criminelles (DIC). Les perquisitions menées à son appartement du Plateau puis dans une résidence à Grand-Mbour avaient permis la découverte d’importantes sommes d’argent, de trois passeports diplomatiques établis à son nom, de plusieurs équipements de sécurité ainsi que de deux armes à feu, des chargeurs, des munitions, des couteaux et de nombreux talkies-walkies.
Devant les enquêteurs puis le juge d’instruction, Jérôme Badiaky avait soutenu que ce matériel appartenait à sa société de gardiennage Sniper Sécurité autorisée par le ministère de l’Intérieur. Il avait également expliqué que ses passeports diplomatiques lui avaient été remis lorsqu’il assurait la sécurité de l’ancien président Macky Sall puis de l’ancienne Première ministre Aminata Touré.
L’enquête avait ensuite pris une autre dimension après les déclarations d’un témoin, Ndiack Diop, ancien employé de la ferme du député Farba Ngom, qui avait évoqué la présence d’armes et de personnalités sur les lieux. Toutefois, le transport effectué par les enquêteurs n’avait pas permis de confirmer ces éléments.
Les investigations avaient également établi que certaines armes provenaient d’armureries régulièrement autorisées, tandis que le pistolet Beretta retrouvé chez Jérôme Badiaky ne figurait dans aucune base officielle.
Samba Ba bénéficie d’un non-lieu
Dans son ordonnance, le juge d’instruction a accordé un non-lieu au lutteur Samba Ba, alias « Mbeuss », estimant que les accusations reposaient uniquement sur les déclarations non corroborées du témoin Ndiack Diop.
S’agissant de Sakory Ka, le magistrat avait également prononcé un non-lieu partiel. Il avait retenu que les armes découvertes chez lui étaient régulièrement autorisées et que l’allégation de Jérôme Badiaky selon laquelle Sakory lui aurait vendu une arme n’était étayée par aucune preuve. Le ministère public a toutefois relevé appel sur la qualification de trafic d’armes.
Jérôme Badiaky reconnaît une « erreur »
À la barre, Jérôme Badiaky a contesté l’ensemble des infractions qui lui sont reprochées. « Je suis assistant de sécurité. Ma société s’appelle Sniper Sécurité », a-t-il déclaré. Concernant les armes saisies, il a reconnu avoir commis une faute administrative. « Je suis allé à l’Armurerie dakaroise. J’avais obtenu un marché à Tivaouane et les partenaires exigeaient des agents armés. On m’a dit qu’on allait me remettre l’arme et que je chercherais ensuite l’autorisation. C’est la seule erreur que j’ai commise. J’ai mis la charrue avant les bœufs », a-t-il expliqué.
À propos de l’arme factice, il a affirmé l’avoir acquise afin de dissuader d’éventuels agresseurs sur un site qu’il sécurisait. Interrogé sur les passeports diplomatiques, il a soutenu qu’ils lui avaient été remis lorsqu’il assurait la sécurité d’Aminata Touré.
Quant à l’appartement de fonction, il affirme l’avoir obtenu après avoir travaillé pour Macky Sall puis pour l’ancienne Première ministre Aminata Touré. Il a également rejeté les déclarations du témoin Ndiack Diop, affirmant ne pas le connaître et niant tout lien avec Farba Ngom ou Amadou Sall.
« Je ne gérait pas le fils du président. Aussi, les gens qui me connaissent savent que je ne suis pas en bon terme avec Farba Ngom », dit-il
Sakory Ka nie toute vente d’arme
De son côté, Sakory Ka a également contesté les faits. « Toutes mes armes disposent d'autorisations nécessaires. Elles étaient destinées à mes activités de chasse. Je les ai achetées à l’Armurerie dakaroise. Quant au pistolet de mon père, je l’ai conservé après son décès », a-t-il expliqué.
Il a par ailleurs nié avoir vendu une arme factice à Jérôme Badiaky.
Le réquisitoire du procureur
Dans son réquisitoire, le procureur de la République a estimé que les infractions de détention illégale d’armes et de trafic illicite d’armes étaient établies. Il a également soutenu que Jérôme Badiaky s’était rendu coupable d’escroquerie portant sur les avantages de l’État en bénéficiant notamment d’un appartement de la SOGEPA et de passeports diplomatiques.
En revanche, le représentant du ministère public a estimé que les faits de manœuvres de nature à compromettre la sécurité publique ne lui paraissaient pas suffisamment établis. Le maitre des poursuites a requis une peine ferme de cinq ans avec une amende de 5 millions F CFA contre Jérôme Bandiaky et trois ans ferme contre Sakory Ka.
Les avocats de Sakory Ka ont unanimement demandé sa relaxe. Maitre Alioune Badara Fall a soutenu que l’ordonnance de renvoi ne retenait pas le trafic d’armes contre son client et a produit les autorisations de détention des armes saisies. Maitre Youssoupha Camara a déclaré : « C’est une montagne qui a accouché d’une souris. On ne peut pas condamner Sakory Ka. Les autorisations ont été versées au dossier et le trafic n’existe pas. » Ses collègues Abdourahmane Sow Lénine et Gaby So ont abondé dans le même sens.
Prenant la parole pour la défense de Jérôme Badiaky, Maitre Aboubacry Barro a soutenu que son client était poursuivi à tort. Selon lui, l’affaire a éclaté dans le contexte de la mort de Fulbert Sambou, après laquelle les autorités cherchent des responsables. « Depuis la mort de Fulbert Sambou, l’État, qui est une continuité, cherche des coupables. Ce dossier n’est pas le bon », a-t-il plaidé.
L’avocat a ensuite dénoncé ce qu’il considère comme une instrumentalisation politique du dossier. « En réalité, ce sont les 'pastefiens' qui sont derrière tout cela. Tout est monté », a-t-il affirmé, avant de défendre le profil de son client. « Jérôme n’est pas un bandit. C’est un chef d’entreprise qui gère une agence de sécurité », a conclu Me Barro, sollicitant sa relaxe.
Maitre Famara Mané a, lui, rappelé que l’affaire avait initialement été ouverte dans le contexte de l’enquête sur la mort de Fulbert Sambou avant de connaître, selon lui, « un revirement spectaculaire ». Maitre Oumar Youm a plaidé la relaxe pure et simple.
Maitre Djiby Diallo a enfin déclaré que ce sont des faits couverts par la loi d’amnistie : « C’est une commande politique. Jérôme était le coupable désigné pour la disparition des deux gendarmes Fulbert Sambou et Didier Badji.»
L’affaire est mise en délibéré au 22 juillet 2026
Publié par
Harouna Fall
editor
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