Popenguine : 138 ans de marche, entre foi et mémoire

samedi 23 mai 2026 • 96 lectures • 0 commentaires

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Popenguine : 138 ans de marche, entre foi et mémoire

Chaque année à la Pentecôte, des dizaines de milliers de pèlerins rallient à pied le sanctuaire de Popenguine. Un rendez-vous né en 1888, relancé en 1981, devenu le cœur battant du catholicisme sénégalais.

POPENGUINE – Le vent qui balaie les collines de la Petite-Côte porte encore l’écho des pas. Depuis 138 ans, des milliers de fidèles convergent vers le sanctuaire Notre-Dame de la Délivrande pour le pèlerinage marial national. La marche, elle, est à la fois un acte de foi et un récit vivant de l’histoire de l’Église au Sénégal.


1888 : la naissance d’un chemin
Tout commence le 22 mai 1888, mardi de Pentecôte. Mgr Mathurin Picarda, évêque de Dakar, choisit le site pittoresque de Popenguine pour y installer un lieu de pèlerinage marial. Quelques semaines plus tôt, le 21 avril, le Père Amaun conduit la toute première marche vers ce village de pêcheurs. Ils sont 200 pèlerins à répondre à l’appel.


Le sanctuaire devient rapidement un lieu de rassemblement annuel. « C’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux », rappelle encore aujourd’hui le site officiel du pèlerinage. Pendant des décennies, la démarche à pied reste centrale, même si l’arrivée de la route et des bus en modifie peu à peu la pratique.


1981 : la marche renaît
La mémoire collective associe souvent la naissance de la marche à l’année 1981. C’est à cette date que le colonel Pierre Faye relance l’idée de rallier Popenguine à pied, avec 52 marcheurs seulement.


À une époque où les transports motorisés facilitent le déplacement, ce retour à la marche apparaît comme un choix de rupture. Pierre Faye structure le mouvement et crée le Comité inter-décanal de coordination de la marche-pèlerinage, le CICOMAP. L’initiative donne un second souffle au pèlerinage et ancre la marche dans l’identité populaire de l’événement.


Les historiens nuancent cependant cette chronologie. Selon les travaux publiés dans la revue Sifoe, la pratique de la marche date bien du premier pèlerinage de 1888. La marche de 1981 ne l’invente pas, elle la réinvente.


Un rassemblement national
Aujourd’hui, Popenguine est bien plus qu’un lieu de dévotion. Le pèlerinage rassemble catholiques et non-catholiques autour d’un même chemin. En 2025, pour la 137ᵉ édition, 26 000 marcheurs ont convergé vers le sanctuaire, venus de Dakar, Thiès, Kaolack, Kolda, Tambacounda et d’ailleurs.


Le thème de cette année, « Marie, Mère de l’Espérance, marche avec nous », résume l’esprit de l’événement : un acte de confiance dans un contexte marqué par les tensions régionales. La présence de Mgr Victor Ndione, premier Sénégalais évêque de Nouakchott, a renforcé la portée œcuménique et sous-régionale du rendez-vous.


Un lieu de mémoire
Le sanctuaire a aussi marqué l’histoire contemporaine du Sénégal. Le 21 février 1992, le pape Jean-Paul II y célèbre une messe en plein air devant des milliers de fidèles. Il bénit la statue de la Vierge Noire et élève l’église au rang de basilique mineure. Trente-trois ans plus tard, son passage reste un repère dans la mémoire des pèlerins.


Des 200 fidèles de 1888 aux 100 000 attendus chaque année, le grain jeté en terre est devenu un grand arbre. La marche de Popenguine, entre sacrifice et fête, continue de tisser un lien entre la foi, la terre et les générations.

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Publié par

Cheikh Sarr

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