SM10, alertes, défis...: L’avis de Dr Ibrahima Mendy, ex-directeur de l’Analyse, de la Prévision et des Statistiques Agricoles

mardi 29 septembre 2026 • 420 lectures • 1 commentaires

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SM10, alertes, défis...: L’avis de Dr Ibrahima Mendy, ex-directeur de l’Analyse, de la Prévision et des Statistiques Agricoles

Sadio Mané a lancé son projet agro-industriel de 11,7 milliards de FCFA, dédié à la production, à la transformation et à l’exportation de mangues, sur une superficie de 500 hectares. Depuis la pose de la première pierre, certaines alertes se font jour. Celle lancée par Souleymane Bassoum, spécialiste de la mangue, a notamment fait polémique. Ancien directeur de l’Analyse, de la Prévision et des Statistiques Agricoles (DAPSA) et aujourd’hui enseignant-chercheur à l’Université Assane Seck de Ziguinchor, Dr Ib

Depuis quelques jours, la sortie de Souleymane Bassoum sur le projet agro-industriel a été diversement interprétée, notamment avec beaucoup de critiques. Dans le fond, est-ce que vous partagez ses craintes ?


Les observations de fond du doyen Souleymane Bassoum, expert reconnu de la filière mangue, sur les défis éventuels de l’usine de Sadio Mané, dont l’intrant majeur est la mangue, ne doivent pas être perçues comme une opposition au projet, mais comme une contribution technique destinée à en renforcer la solidité. Un projet industriel aussi ambitieux doit être fondé sur une étude approfondie, faite certainement par les cabinets qui ont accompagné le promoteur.


Mais il n’est pas exclu de prendre en compte les alertes des experts expérimentés de la filière, comme Monsieur Bassoum. C’est l’ensemble de ces contributions et alertes en début de projet qui feront du projet un succès. Le projet de SM10 AGRO n’est plus seulement celui de Sadio, mais il appartient à tous les Sénégalais et, par conséquent, sa réussite sera une réussite nationale et pourrait rassurer les investisseurs qui hésitent à mettre leur argent dans ce type de projet au Sénégal.


Partagez-vous sa position sur la saisonnalité et le pourrissement des mangues ?


Sur ce point, je suis en phase avec le doyen Bassoum. La maturité des mangues s’étale sur une période relativement courte, généralement de 45 jours. Une fois mûres, elles se dégradent rapidement, ce qui limite fortement la durée de stockage et augmente les risques de pertes. L’usine devra donc disposer de capacités efficaces de collecte, de conservation, de transformation et éventuellement de surgélation.


À quels risques Sadio Mané doit-il faire attention dans ce projet ?


Les risques potentiels pour l’usine pourraient être la disponibilité de la matière première sur toute l’année, la logistique, l’enclavement de la zone d’intervention, avec surtout la non-construction du pont de Tamento, la rentabilité hors saison, la perte de la production à cause de la mouche des fruits et les changements climatiques.


L’enclavement de la zone risque-t-il d’être un frein ?


L’acheminement des produits transformés vers Dakar, les autres régions du Sénégal ou les marchés extérieurs constitue un défi important. Les coûts et les délais de transport pourraient affecter la compétitivité de l’usine, aussi bien pour l’approvisionnement en matières premières que pour la commercialisation des produits finis.


Sur le plan sanitaire et climatique, à quoi devront-ils faire attention ?


Sur le plan sanitaire, l’usine devra respecter les normes internationales de qualité, de traçabilité, d’hygiène et de sécurité alimentaire. Elle devra également se conformer à la réglementation relative aux pesticides et aux limites maximales de résidus, particulièrement pour les mangues destinées à l’exportation. Ces exigences supposent un encadrement technique des producteurs et un système de contrôle performant. Pour respecter toutes les normes et certifications y afférentes, il faut du temps.


Pour les aléas climatiques et phytosanitaires, il faut noter que la mouche des fruits constitue l’un des principaux fléaux de la filière mangue en Casamance. Ses attaques peuvent ravager les vergers et réduire considérablement la quantité de matière première disponible pour l’usine. À cela s’ajoutent les effets du changement climatique, susceptibles d’affecter les rendements, les périodes de production et la qualité des fruits.


Pourtant, Sadio Mané a fait appel à des spécialistes, avec l’encadrement du Groupe Confluence et du cabinet Oyo…


Les cabinets ont certes élaboré le projet, mais des alertes et des observations restent bénéfiques pour le consolider et prévenir d’éventuelles erreurs. Des expériences antérieures montrent que certains projets ont rencontré des difficultés faute d’avoir suffisamment pris en compte les remarques des acteurs du secteur.


L’agriculture étant un domaine complexe et incertain, la réussite d’un projet agricole repose sur la contribution et la collaboration de l’ensemble des acteurs concernés. Dans ce cadre, le fond des propos du doyen Bassoum doit être compris comme une contribution constructive visant à améliorer le projet et à renforcer ses chances de réussite, plutôt que comme une remise en cause du travail effectué.


Globalement, quelle sera la clé pour la réussite du projet, notamment sur le plan agricole ?


La réussite du projet dépendra de sa capacité à anticiper ces contraintes, à associer les petits producteurs et à bâtir un modèle industriel véritablement intégré, diversifié et durable.


Pensez-vous qu’il investirait près de 12 milliards sans prendre en compte ces aspects ?


Il a certainement pris en compte certains risques potentiels, mais tout travail humain est perfectible. Les alertes des experts expérimentés de la filière devraient être entendues et prises en compte pour la réussite du projet.

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Publié par

Cheikh Sarr

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