To Hell la « jouet-fication » de la nation : quand l’instabilité devient un sabotage économique (Par Moussa Niang)
lundi 25 mai 2026 • 945 lectures • 0 commentaires
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Le Sénégal traverse un moment décisif de son histoire politique. Les démissions en cascade, les fractures internes au sommet de l’État et la politisation permanente de l’administration ne sont plus de simples épisodes de turbulence démocratique. Elles deviennent un risque stratégique majeur pour la nation. À force de transformer l’État en terrain de jeu partisan, nous sommes en train de banaliser ce qui devrait être sacré : la continuité de la République.
Une nation ne se construit pas dans l’émotion permanente.
Elle se construit dans la stabilité, la discipline institutionnelle et la permanence de l’action publique.
Aujourd’hui, un danger silencieux menace le Sénégal : la « jouet-fication » de l’État. Cette tendance à traiter les institutions comme des objets interchangeables, manipulés au gré des frustrations personnelles, des rivalités de clans ou des calculs politiques du moment.
Or, lorsqu’un État devient instable, ce n’est pas seulement la politique qui vacille.
C’est toute l’économie qui ralentit.
C’est toute la crédibilité du pays qui se fragilise.
Le coût réel de la paralysie administrative
L’État est l’infrastructure invisible de l’économie.
Le secteur privé ne prospère que lorsque l’administration fonctionne avec régularité, prévisibilité et autorité.
Quand les directions stratégiques deviennent des champs de bataille politiques, le prix est immédiat.
La dégradation de la signature « Sénégal »
Les investisseurs internationaux n’analysent pas les passions politiques ; ils observent la solidité institutionnelle.
Les agences de notation comme Moody’s, S&P Global Ratings ou Fitch Ratings évaluent avant tout la stabilité de l’appareil d’État. Chaque crise prolongée, chaque vacance stratégique, chaque conflit interne visible augmente le risque pays.
Conséquence :
* le coût de la dette augmente ;
* les investissements directs étrangers ralentissent ;
* les grands projets deviennent plus coûteux à financer ;
* la confiance des marchés s’effrite.
Le capital n’aime ni le bruit ni l’incertitude.
Le développement exige de la sérénité.
Le gaspillage du capital humain
Former un haut commis de l’État prend des décennies.
Derrière chaque directeur stratégique, chaque ingénieur d’État, chaque expert des finances publiques, il y a des années d’expérience, de formation et de sacrifices financés par le contribuable sénégalais.
Lorsque ces profils quittent leurs fonctions pour des raisons politiques ou émotionnelles, la perte est immense.
Un État sérieux ne peut pas fonctionner comme un club militant où l’on entre et sort selon les humeurs du moment.
La souveraineté administrative exige de la continuité.
Le secteur énergétique : l’horloge de l’émergence
L’énergie est le système nerveux de notre économie.
Avec le pétrole et le gaz, le Sénégal entre dans une phase historique où la moindre erreur institutionnelle peut coûter des dizaines de milliards.
Les projets comme Grand Tortue Ahmeyim ou Sangomar ne sont pas des projets politiques ; ce sont des projets civilisationnels.
La continuité des grands projets
Les grands chantiers énergétiques obéissent à des calendriers industriels extrêmement rigoureux.
Une simple paralysie administrative de quelques mois peut provoquer :
* des retards contractuels ;
* des surcoûts logistiques ;
* des pertes fiscales ;
* une baisse de crédibilité vis-à-vis des partenaires internationaux.
Dans ces secteurs stratégiques, certaines compétences doivent être sanctuarisées.
Le devoir citoyen des responsables techniques n’est pas d’alimenter les querelles politiques, mais de garantir la continuité nationale.
Un ingénieur stratégique qui abandonne son poste au cœur d’une phase critique ne quitte pas seulement une fonction : il fragilise une chaîne entière de souveraineté économique.
La souveraineté industrielle
Le Sénégal ne pourra industrialiser son économie sans stabilité énergétique.
Nos usines, nos PME, nos infrastructures et notre compétitivité dépendent directement du coût et de la disponibilité de l’électricité.
L’administration de l’énergie doit donc devenir une forteresse républicaine, protégée des secousses partisanes.
Parce qu’un pays qui politise ses secteurs vitaux finit toujours par ralentir son développement.
L’agriculture : la sécurité nationale au bout du sillon
On ne joue pas avec ce qui nourrit le peuple.
L’agriculture n’est pas un simple secteur économique ; elle est un pilier de stabilité sociale et de souveraineté nationale.
Le temps agricole n’est pas le temps politique
La pluie n’attend pas les crises de cabinet.
Les semences n’attendent pas les règlements de comptes politiques.
Les campagnes agricoles suivent le rythme des saisons, pas celui des tensions partisanes.
Quand l’administration agricole se bloque :
* les intrants arrivent en retard ;
* les producteurs perdent confiance ;
* les récoltes diminuent ;
* les importations explosent.
Chaque rupture administrative dans ce secteur finit par se traduire dans le panier de la ménagère.
La confiance des producteurs
Le monde rural a besoin de permanence.
Le paysan doit sentir que l’État restera debout, quelles que soient les tempêtes politiques de Dakar.
L’administration agricole ne peut pas devenir un espace de fragilité émotionnelle ou de militantisme fluctuant.
Elle doit être un pilier stable, discipliné et prévisible.
La leçon des nations résilientes
Les grandes nations ont compris depuis longtemps qu’il existe des secteurs qui ne doivent jamais décrocher.
Lors de la crise financière de 2008, les États-Unis ont assuré la continuité de leurs institutions économiques malgré l’alternance entre George W. Bush et Barack Obama.
Parce que les nations résilientes savent distinguer l’État des hommes politiques.
Les gouvernements passent.
La nation demeure.
Les grandes puissances sanctuarisent leurs secteurs névralgiques afin que l’économie survive aux rivalités politiques.
Le Sénégal doit désormais protéger son actif immatériel le plus précieux : sa permanence institutionnelle.
Pour un patriotisme de performance
Le véritable patriotisme ne consiste pas à défendre un camp contre un autre.
Il consiste à garantir que la machine nationale ne s’arrête jamais.
Servir l’État, ce n’est pas servir une couleur politique.
C’est servir le citoyen sénégalais.
Dans les secteurs stratégiques — énergie, agriculture, finances, infrastructures, sécurité — certains responsables ont aujourd’hui un devoir supérieur : maintenir la continuité de la République, même dans les périodes de tension.
Le Sénégal a besoin :
* d’une administration de mission ;
* d’une élite technique disciplinée ;
* d’un patriotisme de résultats ;
* d’une culture de stabilité.
La souveraineté alimentaire et énergétique doit passer avant les frustrations personnelles, les querelles d’ego ou les logiques de camps.
Sortir du bac à sable politique
Le Sénégal est à un tournant historique.
Soit nous construisons un État mature, capable de protéger ses secteurs stratégiques des tempêtes politiques ;
soit nous acceptons la « jouet-fication » progressive de notre avenir collectif.
Un État fort n’est pas celui qui fait le plus de bruit.
C’est celui qui continue de fonctionner quand tout vacille autour de lui.
Le Sénégal mérite mieux que des crises permanentes.
Il mérite une administration debout, compétente et ininterrompue.
Parce qu’une nation qui se respecte ne laisse personne jouer avec ses fondations.
Publié par
Birame Ndour
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