Mauritanie: Qui veut la peau du ministre Mohamed Salem Ould MERZOUG ?
lundi 17 août 2026 • 103 lectures • 0 commentaires
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iGFM - (Dakar) Universitaire, technocrate, ministre rigoureux et promu régulièrement aux postes stratégiques « régaliens » sous la présidence de Mohamed Ould Cheikh El-Ghazouani (Intérieur, Affaires Étrangères), précédemment Haut-Commissaire de l’OMVS pendant plus d’une décennie où il a hissé à l’échelle internationale cette institution, Mohamed Salem Ould Merzoug est comme l’a dit une voix autorisée de la Mauritanie “l’homme des eaux, des États et des crises” du président Ghazouani.
Les attaques récentes et séquentielles sur les réseaux sociaux contre lui apparaissent, au gré du temps, comme un acharnement insipide, visant à saborder l’ascension d’un homme clé aux côtés du président GHAZOUANI et de son premier entourage immédiat.
C’est le même format et disque marronnier, de la ritournelle aux allures d’une tempête dans un verre d’eau. Il y a les hommes que les réseaux sociaux fabriquent en quelques publications. Et puis, il y a ceux- là qui ont forgé leurs personnalités au turbo de leurs responsabilités publiques. Mohamed Salem Ould Merzoug appartient incontestablement à la seconde catégorie.
À Nouakchott comme dans les capitales de la sous-région, son nom ne s’est pas imposé par l’agitation médiatique. Il s’est installé et imposé dans le temps long de l’État, des institutions et des dossiers « complexes ». Universitaire, chercheur, technocrate chevronné, ministre à plusieurs reprises, Haut-Commissaire de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), président mondial du Réseau international des organismes de bassins, ministre de l’Intérieur puis chef de la diplomatie mauritanienne, le parcours de Mohamed Salem Ould Merzoug ressemble davantage à une trajectoire d’architecte de l’appareil d’État qu’à celle d’un homme politique de circonstance.
Les faits, à eux seuls, donnent une autre profondeur au personnage que certaines caricatures véhiculées sur les réseaux sociaux. Loin de là, Mohamed Salem Ould MERZOUG demeure, urbi orbi une force objective du grand « symbolisme » mêlant éthique et patriotisme.
Docteur en géophysique, diplômé de Tunis avec la mention très bien, major de sa promotion en maîtrise, Ould Merzoug commence par l’université et la recherche. Il enseigne à l’Université de Nouakchott pendant de longues années, dirige un laboratoire de recherche et travaille comme consultant pour des agences internationales telles que la FAO, le PNUD ou le PNUE. Avant même son entrée dans les cercles gouvernementaux, il possède donc une double culture : celle du scientifique habitué à l’analyse et celle de l’expert confronté aux politiques publiques.
Grand architecte d’un État tourné vers le développement
À partir de 1995, il enchaîne les responsabilités : Commissaire à la sécurité alimentaire, ministre de l’Équipement et des Transports, ministre de l’Hydraulique et de l’Énergie, ministre de la Justice, puis ministre de la Santé et des Affaires sociales. Cette succession n’est pas anodine. Elle dessine déjà le profil d’un responsable à qui l’État confie des secteurs aussi différents que les infrastructures, l’eau, l’énergie, la justice ou les politiques sociales.
Mais c’est à l’OMVS que Mohamed Salem Ould Merzoug va véritablement inscrire son nom dans la coopération régionale et internationale. Nommé Haut-Commissaire en février 2002, il restera à la tête de l’organisation jusqu’en avril 2013. Onze années à Dakar à la tête d’une institution dont la vocation dépasse les frontières nationales : gérer et valoriser une ressource partagée par la Mauritanie, le Sénégal, le Mali et la Guinée. L’OMVS est précisément l’un de ces laboratoires africains où la souveraineté nationale doit composer avec une réalité supérieure : aucun État riverain ne peut gérer seul un fleuve transfrontalier.
Son passage à la tête de l’organisation correspond notamment à une période de consolidation des infrastructures et de la coopération énergétique. En 2012, sous son impulsion, l’OMVS travaille ainsi à la sécurisation d’environ 1 700 kilomètres de réseau électrique à partir de Manantali, dans le cadre du partenariat avec Eskom. Salem Ould Merzoug défend alors une vision qui dépasse la simple gestion d’un barrage : les bassins transfrontaliers doivent devenir des instruments d’intégration et de développement africain.
Ce n’est pas seulement en Afrique de l’Ouest que son expertise est reconnue. De 2010 à 2013, il préside également le Réseau international des organismes de bassins. Autrement dit, celui qui dirigeait l’OMVS était également appelé à représenter, à l’échelle mondiale, les institutions spécialisées dans la gestion des ressources en eau.
C’est là que se trouve peut-être la meilleure réponse à certaines médisances : un parcours de cette nature ne se juge pas à partir d’une publication Facebook, d’une vidéo TikTok ou d’une polémique de circonstance. Il se mesure à la durée des responsabilités confiées, à la complexité des dossiers traités et aux institutions auxquelles un homme a été appelé à rendre des comptes.
Mohamed Salem Ould Merzoug ne disparaît d’ailleurs pas de l’appareil d’État après l’OMVS. Après un passage comme conseiller diplomatique du président de la République entre 2016 et 2019, il revient au gouvernement comme ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, de 2019 à 2022. En mars 2022, il prend les Affaires étrangères ; depuis août 2024, il exerce comme ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Mauritaniens de l’extérieur.
Ce retour aux Affaires étrangères n’a rien d’un accident administratif. La diplomatie est précisément le terrain où son parcours prend tout son sens : scientifique de formation, spécialiste des ressources naturelles, ancien ministre, ancien patron d’une organisation interétatique, connaisseur des équilibres sahéliens et africains. En septembre 2025, lors d’un entretien avec le secrétaire général de l’ONU, les questions de paix et de sécurité au Sahel figuraient notamment au cœur des échanges, signe du rôle que Nouakchott entend lui faire jouer dans les dossiers régionaux.
Et Merzoug continue d’être envoyé sur les terrains où les États ont besoin de diplomates expérimentés. En mai 2026, il s’est ainsi rendu en Turquie pour des consultations avec les autorités turques. Il est aussi l’un des artisans de la tenue à Nouakchott de la Conférence historique sur la crise du Soudan.
Il faut donc distinguer la critique politique, parfaitement légitime dans une démocratie, de la fabrication de procès personnels sans démonstration. On peut contester une décision de Merzoug, discuter une orientation diplomatique, critiquer une déclaration ou désapprouver une politique gouvernementale. Mais transformer en quelques clics un parcours de haut fonctionnaire, d’universitaire et de responsable régional en une caricature relève d’un autre registre.
La trajectoire de Mohamed Salem Ould Merzoug raconte surtout une chose : la permanence d’un homme dans un État qui change de priorités, de gouvernements et de contextes géopolitiques. Des ressources en eau à la sécurité alimentaire, de l’énergie à la justice, de l’Intérieur à la diplomatie, son itinéraire traverse plusieurs des grands dossiers qui structurent la Mauritanie contemporaine.
Son principal capital politique n’est donc peut-être ni la communication ni les réseaux sociaux. C’est l’expérience et la rigueur du technocrate
Et dans une région sahélienne où les crises se superposent- sécurité, migrations, eau, énergie, coopération régionale, rivalités géopolitiques- cette expérience constitue précisément ce qui fait de Mohamed Salem Ould Merzoug une pièce maîtresse du dispositif mauritanien.
Les réseaux sociaux peuvent fabriquer une réputation en une journée. Ils ne peuvent pas effacer trois décennies de carrière publique. Chez Merzoug, le temps long de l’État répond au bruit court des réseaux.
Par Chérif Ismael AÏDARA (Confidentiel Afrique)
Publié par
Harouna Fall
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