THÉÂTRE, SÉRIES, CINÉMA, PRIX MIHAI EMINESCU… PAPE FAYE SANS DÉTOUR

jeudi 3 septembre 2026 • 617 lectures • 0 commentaires

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THÉÂTRE, SÉRIES, CINÉMA, PRIX MIHAI EMINESCU… PAPE FAYE SANS DÉTOUR

iGFM - (Dakar) «La liberté de création ne doit pas nous donner la liberté de nous dévêtir jusqu’à exhiber nos formes intimes».

Figure majeure du théâtre sénégalais, comédien, poète, dramaturge, formateur et homme de scène, Pape Faye poursuit depuis plusieurs décennies un parcours placé sous le signe de la défense des arts dramatiques. Son récent Prix Mihai Eminescu pour les Arts et Lettres, décerné en Roumanie par l’Académie Tomitana, vient consacrer un itinéraire qui l’a conduit des scènes sénégalaises à plusieurs grandes rencontres artistiques internationales. Mais cette distinction est surtout l’occasion pour lui de revisiter son parcours et de porter un regard sans concession sur les mutations du secteur. Formation des comédiens, explosion des séries sénégalaises, confusion entre théâtre et audiovisuel, responsabilité des créateurs face aux valeurs culturelles, mais aussi industrialisation du cinéma : Pape Faye livre ici une réflexion nourrie par son expérience de la scène.


Vous venez d’être distingué en Roumanie par le Prix Mihai Eminescu pour les Arts et Lettres. Qu’avez-vous ressenti en recevant cette distinction et que représente-t-elle pour vous, après plusieurs décennies consacrées au théâtre et à la poésie?


D’abord, un sentiment de fierté et de bonheur, surtout que cette distinction provient d’une très grande académie roumaine, l’Académie Tomitana, l’une des plus prestigieuses d’Europe. C’est d’ailleurs la deuxième fois, en l’espace de douze mois, que j’ai été honoré par cette même académie, puisque l’année dernière, j’y ai reçu la prestigieuse Couronne d’Ovide de la poésie. Figurez-vous qui m’avait posé cette couronne sur la tête ? C’est Monseigneur Theodosis Potrescu, archevêque de la ville de Constanța, une personnalité religieuse orthodoxe très respectée et écoutée en Roumanie. Mon appartenance à un pays qui s’appelle le Sénégal, que Senghor a hissé au sommet du monde, n’a fait que renforcer ma carapace de poète. C’est cet amour idyllique avec la poésie qui m’a ouvert les chemins de l’art dramatique, puisque j’adore fabriquer les mots autrement, une fois sur les aires de la scène.


Mihai Eminescu est une immense figure de la poésie roumaine. Que signifie, pour un poète et dramaturge sénégalais, d’être ainsi honoré dans un pays étranger pour son travail artistique et littéraire ? Est-ce aussi, selon vous, une reconnaissance de la création africaine ?


Je voudrais, avant d’évoquer ce prestigieux Prix Mihai Eminescu pour les Arts et Lettres, qui m’a été décerné en Roumanie le 17 août 2026 par l’Académie Tomitana de Roumanie, dont je suis l’un des membres titulaires, rendre un vibrant hommage au président de l’Académie des arts et sciences philosophiques de Bari, le Dr Massimo Massa. Non seulement il m’a décerné le titre de chevalier du mérite académique des arts et des sciences philosophiques, mais il m’a également fait l’honneur de me recevoir comme membre titulaire de cette académie. Je le suis, par ailleurs, pour l’Académie internationale Léopold Sédar Senghor de Milan, que dirige avec brio notre compatriote, le Dr Cheikh Tidiane Gaye, professeur émérite, chevalier des Arts et Lettres de la République française et docteur honoris causa, qui compte plus d’une cinquantaine de distinctions à travers le monde. Pour ce qui est des poètes comme Mihai Eminescu ou Ovide, mort en exil à Constanța en 17 après J.-C., mais aussi Eugène Ionesco, Paul Celan, etc., ils resteront les symboles transgénérationnels et intemporels de la poésie roumaine et mondiale.Pour l’artiste-poète que je suis, fortement marqué et transformé par la dramaturgie sénégalaise, je ne peux que me réjouir, sinon me flatter, encore une fois, d’avoir porté très haut le drapeau du Sénégal sur les grandes scènes du monde. Aujourd’hui comme hier, c’est la Roumanie et l’Italie. Demain, ce sera encore la Suisse et la Belgique, des pays que j’ai connus et où j’ai été plusieurs fois installé sur scène. Je me souviens, très jeune, dans les années 1980, d’avoir porté, sur ma carapace d’artiste comédien et d’acteur vocal, les beaux textes de Senghor et de David Diop, «New York», «Harlem», «Thiaroye», «Chaka», «Dimbokro», «Poulo Condor», «Rama Kam», pour ne citer que ceux-là. Cela m’a permis de faire le tour de l’Afrique et d’une partie de l’Europe, en compagnie du Laboratoire-Danse de Mudra Afrique, créé par Maurice Béjart à l’époque, sous l’impulsion du président Senghor. J’ai été recruté à cette époque par l’ambassade de France pour travailler au Centre culturel français de Dakar, comme jeune formateur théâtral et animateur culturel, notamment autour des contes et de l’expression corporelle à la bibliothèque, sous la direction de Georges Courrège, alors directeur du CCF. David Pharao, metteur en scène français, en assurait la direction artistique. Comme si cela ne suffisait pas, en 2011, année de consécration, le Goethe-Institut de Dakar m’invita à accompagner le grand groupe de jazz allemand Die Redner dans un spectacle de jazz et de poésie en hommage au président Senghor, à Sarrebruck, pendant plusieurs mois. Ce fut une belle et riche aventure qui avait démarré à Joal, puis Dakar, avant de se poursuivre dans la forêt de Sarrebruck, en Allemagne, au Panthéon de Paris, au bord de la Seine et à l’Académie française. Senghor y avait été célébré à travers sa poésie par ce mythique groupe de jazz, Die Redner, qui signifie «les orateurs». Ces performances artistiques, mises en images, devaient faire l’objet de plusieurs projections de films dans des espaces dédiés. Mon expérience poétique et artistique, mon amour pour les lettres avaient conduit les autorités du Goethe-Institut de Dakar à porter leur choix sur ma personne pour réaliser cette performance avec ce groupe de jazz allemand. Le travail fut alors assuré avec succès, au bonheur des Allemands et de mon regretté ami et frère, le professeur Maguèye Kassé, qui avait joué le rôle de facilitateur. Cette noble expérience venait faire suite à celles consacrées à de prestigieuses figures emblématiques de l’histoire comme John Kennedy, Willy Brandt et Gandhi.


Vous appartenez à une génération pour laquelle être comédien était un métier qui s’apprenait, avec une formation, une discipline, une technique et une culture théâtrale. Aujourd’hui, les frontières semblent beaucoup plus floues. Qu’est-ce qui définit réellement un comédien ou un acteur ?


J’ai eu la chance d’être formé par des experts de très haut niveau, des coopérants qui avaient été envoyés par la France au Sénégal pour renforcer le dispositif pédagogique local, composé, d’une part, de personnels issus du milieu théâtral sénégalais et africain et, d’autre part, d’une petite poignée d’acteurs culturels martiniquais et haïtiens qui avaient fait de la poésie négro-africaine leur credo, à travers les ondes radiophoniques ouest-africaines. Cela avait fortement séduit le président Senghor, si bien qu’il eut l’idée de leur accorder le statut de «poètes de l’exil» au lendemain du premier Festival mondial des arts nègres. Ma formation n’était pas essentiellement basée sur l’actorat dramatique. J’étais également inscrit dans d’autres modules, encadrés par d’éminents professeurs de lettres et de civilisation africaine, d’histoire, de musique, de danse et de cinéma. À côté de ces modules, j’ai pu bénéficier d’une solide formation radiophonique auprès de mon professeur de diction, Abdoulaye Farba Sarr, avec qui j’ai coanimé pendant des années, alors que j’étais étudiant, les émissions de poésie intitulées «Le Chant du Nègre» sur la chaîne internationale de Radio Sénégal. Je me suis également renforcé en technique vocale auprès du maestro Douta Seck, le grand comédien sénégalais qui a donné du sang et de la chair à l’œuvre d’Aimé Césaire, «La Tragédie du roi Christophe», partout où elle a été jouée en France et en Afrique. Mais celui auprès de qui j’ai découvert tous les secrets de la voix et du corps, c’est l’inimitable Jean-Claude Sergent, le créateur du «théâtre fou». C’est aux côtés du professeur Henri Collomb, médecin psychiatre en service au Centre hospitalier universitaire de Fann, et de mon professeur Jean-Claude Sergent que j’ai eu la chance d’aborder et d’approfondir quelque peu la psychothérapie mentale, la pratique du psychodrame et les rapports entre le théâtre et la psychologie. Qu’est-ce qui définit le comédien et l’acteur ? Le comédien a un parcours académique, un parcours formatif d’apprenant. Il s’est trempé, de la tête aux oreilles, dans les exigences de la scène sur la durée. Il restera métamorphosé par la chaîne de répétitions intenses et sans limites pour pouvoir porter un personnage, un rôle. Il a une capacité transformationnelle qui ne connaît pas de limites dans son jeu. Quant à l’acteur, c’est un personnage naturel que le réalisateur de cinéma peut coopter à partir de son physique, de ses atouts ou de ses défauts corporels qui font son charme. Il n’a pas les mêmes dispositions qu’un comédien forgé selon les exigences du théâtre. Le théâtre est un métier, or le cinéma, c’est au feeling. Nous avons vu beaucoup d’acteurs de cinéma ou de séries sénégalaises se tourner vers l’art dramatique. Je les encourage et je les porte dans mon cœur.


Avec l’explosion des séries sénégalaises, on voit apparaître une nouvelle génération d’interprètes, parfois recrutés sur les réseaux sociaux ou à travers des castings, sans formation préalable. Faut-il nécessairement être formé pour devenir un bon acteur ? Et qu’est-ce que la formation apporte que le talent naturel ne peut pas apporter ?


Aujourd’hui, beaucoup de nos acteurs connus grâce aux séries sénégalaises se sont vus obligés de se reformater par le biais du théâtre sur scène pour combler leurs carences actorales et dramatiques. Cette nouvelle génération d’interprètes, recrutés sur la base d’un feeling plastique naturel exposé sur les réseaux sociaux ou à travers des castings exagérément populeux, est la preuve que notre métier est couru même par les «anti-artistes». Cela dit, il faut préserver à tout prix la noblesse de notre art, de notre métier, comme de l’or. Il n’y a aucun doute : pour être un bon acteur et avoir du talent à revendre, il faut impérativement une solide formation. C’est cette formation, dite académique, qui forge la polyvalence artistique. Le talent naturel, à lui seul, ne repousse pas les limites. Or, pour exceller dans la polyvalence, il suffit à l’acteur d’aller au-delà de ses propres barrières. J’encourage tous les jeunes à aller dans ce sens. Notre mission aujourd’hui est d’élever très haut la barre des compétences des acteurs, jusqu’à un niveau jamais égalé, plutôt que de nous contenter de divertir sans intérêt les masses et les fans.


Des comédiens issus du théâtre jouent aujourd’hui dans les séries, tandis que de nouveaux visages se revendiquent acteurs ou comédiens après quelques apparitions à l’écran. Est-ce une évolution normale du métier ou assiste-t-on à une dilution du statut de comédien ?


Ce n’est pas méchant de revendiquer son appartenance au corps des comédiens si, dès lors, on accepte de se soumettre au diktat des arts de la scène. C’est-à-dire la formation rigoureuse, l’envie et la passion de se mettre quotidiennement dans la pratique, l’interprétation et le jeu. Dans les ARCOTS, par exemple, que nous considérons comme des centres de formation théâtrale et d’animation polyvalente, les apprenants qui viennent à peine d’intégrer le corps sont traités sur un pied d’égalité avec ceux qui y ont roulé leur bosse pendant plus de deux décennies.C’est une évolution normale du métier qui finira par aboutir aux conclusions menant au statut de l’artiste.


Vous avez connu une époque où le théâtre occupait une place importante dans la formation culturelle du public. Aujourd’hui, les séries ont pris une place considérable dans les habitudes de consommation. Le théâtre a- t-il perdu la bataille de la popularité ou a- t-il simplement changé de rôle dans la société sénégalaise ?


Le théâtre se modernise, se transforme, change de manteau grâce au phénomène de la digitalisation. Il recouvrira sa dignité dans les sphères de la parole et du geste, sur scène, dans le «geew» ou dans les agoras traditionnelles. Les séries ne pourront jamais remplacer le théâtre, qui est un lien émotionnel direct avec son public. Il ne saurait donc perdre la bataille de la popularité. D’ailleurs, il faut l’admettre : c’est l’audiovisuel qui, au contraire, s’engraisse à partir des performances réalisées par le théâtre. Il se cherche en essayant d’emprunter au théâtre son visage doré et multi-expressif. Le théâtre restera pour toujours cette cure thérapeutique pour la société sénégalaise. Incontestablement, les figures majeures, les plus influentes et les plus suivies dans les séries sénégalaises sont des produits préfabriqués par le théâtre. Je vous prie de faire un tour dans les ARCOTS, qui sont des niches de talents, et dans les compagnies théâtrales privées de Dakar, Thiès, Kaolack, Saint-Louis, Louga, Fatick, Sédhiou, Mbacké, etc.


Certaines séries connaissent un succès phénoménal, mais suscitent aussi des critiques concernant la vulgarité du langage, certaines scènes jugées trop osées ou des comportements qui seraient éloignés de nos valeurs. Jusqu’où un créateur doit-il aller au nom de la liberté artistique, et où commence sa responsabilité vis-à-vis du public ?


Quand j’étais au CNRA, je ne faisais que combattre, au nom de la dignité du comédien et des valeurs positives de la société, les comportements jugés dégradants dans les séries et qui étaient loin d’honorer le citoyen sénégalais digne de ce nom. Certains acteurs, bien que talentueux, acceptent tous les rôles qu’on leur confie, même si ces rôles entachent leur réputation. Je trouve cela avilissant, dans la mesure où certains comportements peuvent aller jusqu’à installer, dans l’ascendance familiale du comédien, un cycle de haine, de rejet et de regret. Nous sommes dans un pays où les valeurs ne doivent souffrir d’aucun compromis, d’aucune contestation ni d’aucune perte d’héritage culturel. La liberté de création ne doit pas nous donner la liberté de nous dévêtir jusqu’à exhiber nos formes intimes.


Peut-on tout montrer ou tout dire dans une œuvre sénégalaise au prétexte que la société évolue ? La création artistique doit- elle nécessairement rester connectée à nos valeurs, à notre culture et à notre histoire ?


Il n’est pas question de tout dire ou de tout montrer dans une œuvre littéraire ou dramatique, au risque de heurter les sensibilités religieuses et culturelles ou d’affecter le code social qui nous permet de vivre ensemble au sein d’une même communauté, dans le respect des règles d’éthique et de bonne gouvernance. Le théâtre a le pouvoir de nuancer les formes et les intentions que l’auteur a placées dans son ouvrage, si, bien évidemment, le metteur en scène, sans en trahir ni l’essence ni le sens des expressions de l’auteur, s’attache les talents et les capacités d’un bon adaptateur théâtral. Un auteur réceptif est celui qui sait se plier aux exigences du metteur en scène. La scène est un autre laboratoire d’écriture, un autre monde qui veut que le manuscrit s’exécute et devienne une vie intense.


On entend beaucoup parler aujourd’hui de l’industrialisation du cinéma sénégalais. Pour vous qui avez connu différentes étapes de l’évolution du secteur, qu’est-ce que cette industrialisation signifie concrètement ? Sommes-nous réellement en train de construire une industrie ou sommes-nous encore dans une logique de productions isolées ?


Cette question a secoué le milieu. Beaucoup de cinéastes sénégalais se trouvent aujourd’hui dans le désarroi et ne comprennent toujours pas pourquoi leurs projets d’industrialisation cinématographique souffrent en silence, dans les blocs de rangement. Est-ce dû à un manque d’accompagnement ? L’industrialisation du cinéma va plus loin que la production de masse. C’est toute une chaîne de valeurs, allant de l’économie à la distribution internationale, en passant par la rentabilité financière. Il faudra, à mon avis, secouer le débat pendant qu’il est encore temps, entre acteurs, professionnels du milieu et le FOPICA.Nous avons de très bons réalisateurs et producteurs. Notre cinéma doit pouvoir reprendre les rênes et récupérer le contrôle du secteur. Pour cela, il nous faut nous remobiliser afin que les États généraux de la culture, qui avaient été lancés par le ministre sortant, soient remis sur orbite.


Certains estiment que la multiplication des séries, des plateformes et des productions audiovisuelles constitue justement le début de cette industrialisation. D’autres dénoncent une production essentiellement guidée par l’audience et la rentabilité. Peut-on avoir une véritable industrie sans exigences artistiques et professionnelles fortes ?


Les producteurs de séries, les acteurs des plateformes audiovisuelles, comme d’autres moins connus, doivent d’abord se mettre ensemble et s’entendre sur une suite d’actions et de décisions communes à soumettre à la haute autorité. Ces doléances peuvent aider à mieux structurer le secteur et à baliser la voie pour une bonne industrialisation du cinéma.Vous parlez d’audience et de rentabilité financière comme seules cibles chez les producteurs audiovisuels. Je ne leur en veux pas, puisqu’ils y retrouvent à la fois leur dignité et leur gagne-pain, car, à côté, il y a des charges à honorer. Nous sommes dans la production audiovisuelle et, quand arrive le moment d’honorer les prestations artistiques, c’est la croix et la bannière. Il faudra courir dans tous les sens pour être à jour avec ses prestataires.


Le Sénégal possède pourtant une longue tradition théâtrale, des comédiens expérimentés, des auteurs et des metteurs en scène. Pourquoi cette richesse du théâtre n’a-t-elle pas davantage servi de socle à la construction du cinéma et de l’industrie audiovisuelle sénégalais ?


Je dois vous avouer la vérité. Le Sénégal est riche de ses belles figures emblématiques de l’histoire du théâtre, celles qui ont fait la fierté de l’Afrique dans les grandes compétitions internationales, pour ne parler que de Sorano, des Gueules Tapées, de Zénith’Art, des 7 Kouss. Ils ont été nombreux à décrocher de prestigieux prix sur le plan international. Des comédiens de la trempe d’Oumar Seck, Ismaïla Cissé, Serigne Ndiaye Gonzalès, Awa Sène Sarr, Baabou Faye, Makhouredia Guèye, des metteurs en scène comme Seyba Traoré, Jean-Pierre Leurs, des dramaturges à l’image d’Alioune Badara Bèye, Cheikh Alioune Ndao, Mbaye Gana Kébé. Cette longue tradition théâtrale, riche de succès, n’a eu qu’une mince reconnaissance de la part de l’État du Sénégal. Ce n’est pas à sous-estimer, mais je pense que des efforts peuvent encore être faits. Le président Diouf, en sus de ses nombreuses soirées Sons et Lumières de Gorée, avait réussi à instaurer le Grand Prix du président de la République pour les Arts et les Lettres, sur trois éditions, avec une reconnaissance aux lauréats. Ce n’était pas mal, mais c’était insuffisant.Le président Wade fut le premier protecteur des Arts et Lettres. Sous son magistère, l’ARCOTS nationale a pu bénéficier de quelques petites subventions pour encourager la création théâtrale, certains de nos comédiens en mauvaise santé avaient également été pris en charge par Mme Viviane Wade. De nombreux artistes comédiens se sont produits à l’époque au Palais de la République, à travers des soirées de reconnaissance initiées par Wade lui-même. Ce sont pourtant les comédiens qui ont le moins profité des largesses de Wade. À l’exception des ministres de la Culture Mbagnick Ndiaye et Aliou Sow, aucun des ministres de la Culture sous Macky Sall n’a eu à soutenir l’Association nationale des artistes et comédiens du théâtre sénégalais, ARCOTS, en termes de subvention, malgré nos demandes répétées. Le ministre Aliou Sow a eu cette volonté de sauver la face. Il a réussi, en 2023, à accompagner généreusement la 13e édition du Festival international du théâtre et du rire de Kaolack, en y mettant les moyens nécessaires. Les billets d’avion au profit des artistes pour la visite des lieux saints avaient également suivi. Respect. Sous le magistère du président Diomaye, le ministre de la Culture sortant, Monsieur Amadou Ba, a posé un geste historique et inoubliable à l’adresse des artistes comédiens de l’ARCOTS, un geste qui a permis à certains d’entre eux d’effectuer le pèlerinage aux lieux saints de l’islam. Aujourd’hui, nous attendons d’être reçus par les ministres Alpha Thiam et Mame Coumba Diop pour des échanges sur la situation du théâtre au Sénégal et sur les grands projets de l’ARCOTS nationale.


MARIA DOMINICA T. DIEDHIOU


 

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Publié par

Mame Fama GUEYE

editor

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