ADIOUZA: "J’ai traversé un burn-out…"

mardi 1 septembre 2026 • 168 lectures • 0 commentaires

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ADIOUZA:

iGFM - (Dakar) APRÈS UNE LONGUE PARENTHÈSE, ADIOUZA REVIENT AVEC «KULUNA YI», «Je ne suis pas venue pour rentrer dans le moule». Après une longue parenthèse loin des sorties musicales et des scènes, Adiouza s’apprête à renouer avec son public avec «Kuluna Yi». Sur l’affiche annonçant ce nouveau single, un masque, une forêt sombre, des oiseaux et surtout cette phrase : «Khar bi yague na», l’attente fut longue.

Une formule qui résume à elle seule une période au cours de laquelle la chanteuse dit avoir dû se retirer pour se reconstruire, après un burn-out et des difficultés personnelles et professionnelles. Loin de vivre cette absence comme un échec, l’artiste affirme s’être «choisie», avant de reprendre aujourd’hui sa plume et le chemin des studios. Avec le recul, Adiouza porte aussi un regard sans concession sur l’industrie musicale actuelle, où le talent ne pèserait plus, selon elle, aussi lourd qu’autrefois. Entre réseaux sociaux, marketing, quête de visibilité, héritage artistique et volonté de préserver sa vie privée, elle assume désormais un choix : faire de la musique sans se plier aux codes du mainstream. À l’heure de son retour, celle qui revendique déjà sa place dans l’histoire de la musique sénégalaise entend surtout rester fidèle à son identité.


Vous avez accompagné l’affiche de votre prochain single d’une phrase, «Khar bi yague na», l’attente fut longue. Qu’est-ce que vous avez fait attendre exactement à votre public ?


J’ai été engagée sur plusieurs projets en même temps, avec aussi quelques difficultés personnelles qui m’ont beaucoup affectée. J’ai notamment eu des problèmes liés à des prêts qui ont fini par me peser énormément. Tout cela m’a amenée à prendre du recul, à me mettre en quelque sorte en retraite pour mieux me réorganiser et réfléchir autrement à ma vie. J’ai aussi ressenti le besoin de développer une activité en dehors de la musique. Cette période m’a permis de me recentrer, de prendre soin de moi et de revoir certaines priorités. Aujourd’hui, je reviens avec une autre énergie.


Deux ans ou plus sans véritable nouveau rendez-vous musical, était-ce un choix, une nécessité ou simplement le rythme de votre vie d’artiste ?


C’était un choix. J’ai traversé un burn-out et, à un moment donné, je n’étais tout simplement plus en état de retourner au studio, encore moins de composer. Je n’avais plus cette disponibilité mentale. À un moment, j’ai compris qu’au lieu de courir derrière un projet, le succès ou la reconnaissance, il fallait que je me choisisse. J’ai donc lâché le fil pendant un moment pour pouvoir, aujourd’hui, le reprendre en main. Je me sens beaucoup mieux, aussi bien physiquement que dans mon bien-être général. Je suis prête à renouer avec mon public. Et «Kuluna Yi» ne sera pas une parenthèse isolée, d’autres projets sont déjà en cours.


«Je fais déjà partie de l’histoire de la musique sénégalaise et que personne ne peut m’en soustraire»
 


Avez-vous déjà eu peur qu’à force de vous faire attendre, le public finisse par vous oublier ?


Non. Je n’ai jamais vraiment eu cette peur. Je sais que je fais déjà partie de l’histoire de la musique sénégalaise et que personne ne peut m’en soustraire. Je le constate aussi à travers la nouvelle génération. Beaucoup de jeunes artistes ont repris certaines choses que j’ai expérimentées, notamment dans mes mises en scène, mon rapport au spectacle ou encore le fait de jouer avec des instruments en live. Beaucoup ont puisé dans ce que j’ai fait, même si certains ne le disent pas forcément. J’ai aussi une oreille musicale très développée. C’est certainement mon côté académique qui me permet d’entendre énormément de choses. Quand j’écoute un artiste, il peut parfois me suffire d’entendre les premières notes d’une mélodie pour savoir d’où vient son inspiration, qu’elle soit sénégalaise ou américaine. J’entends beaucoup d’influences dans les productions actuelles. On retrouve des choses qui rappellent Titi, Coumba Gawlo, Ma Sane, Viviane, mais aussi des classiques de la musique sénégalaise ou internationale. Parfois, les références sont tellement transformées qu’on ne les reconnaît plus immédiatement. Moi, dès la première note, je peux parfois faire le lien. C’est d’ailleurs quelque chose que j’aimerais davantage partager. Je compte commencer à faire des podcasts autour de ces questions pour parler des sources d’inspiration, du travail des beatmakers, des chanteurs, mais aussi de l’arrivée de l’intelligence artificielle dans la création musicale.


Pendant cette période de silence, avez-vous continué à créer ou y a-t-il eu des moments où vous avez réellement voulu prendre vos distances avec la musique ?


Même si je ne sortais plus de projets, je n’ai jamais cessé de composer et de créer. La musique fait partie de moi. C’est toute une vie. Le studio est même une forme de thérapie pour moi. J’ai besoin de créer, même lorsque je ne suis pas dans une logique de sortie ou de promotion. Je peux prendre du recul par rapport à l’industrie, mais je ne peux pas prendre définitivement mes distances avec la musique.


Qu’est-ce qui vous a finalement donné envie de revenir maintenant ?


C’est assez drôle, parce que c’est mon fils qui m’a fait prendre conscience que je m’étais peut-être trop absentée de la scène musicale. Il ne sait même pas vraiment que sa mère est chanteuse. Il me voit surtout comme une femme au foyer, celle qui l’accompagne, qui le dépose à l’école, qui s’occupe de lui. Un jour, il m’a demandé quel était mon métier. Je ne savais même pas quoi lui répondre ! Cette question m’a beaucoup interpellée. Je me suis dit que je m’étais peut-être trop éloignée de cette partie de moi-même. Cela m’a donné envie de reprendre ma plume et de retrouver le chemin du studio.


Pourquoi «Kuluna Yi» pour ce retour ? Qu’est-ce que ce titre raconte de la Adiouza d’aujourd’hui ?


Je préfère laisser le public le découvrir au moment de la sortie. Comme souvent dans mes chansons, il y aura un thème à double sens. Je pense que les gens pourront l’interpréter de différentes manières. C’est aussi ce que j’aime dans la musique, ne pas forcément tout expliquer, mais laisser une place à l’écoute et à l’interprétation.


«Mon plus grand regret…»
 On vous reconnaît volontiers un talent, une identité et une voix singulière. Pourtant, vous ne bénéficiez peut-être pas de la notoriété que certains estiment que vous méritez. Avez-vous parfois le sentiment d’être passée à côté d’une partie de la carrière que vous auriez pu avoir ?


Oui, certainement. À mes débuts, beaucoup de personnes me voyaient déjà comme une future chanteuse internationale. C’est une ambition que je n’ai pas totalement réussi à accomplir. Avec le recul, je pense que je me suis trop projetée vers l’international, en oubliant parfois de consolider suffisamment ma base au Sénégal. Or, je trouve que la reconnaissance nationale est extrêmement importante pour un artiste. Aujourd’hui, lorsque je vois des artistes de la nouvelle génération partir dans la diaspora et assumer de jouer essentiellement pour le public sénégalais, cela me rend fière. Ils n’ont pas honte de rester attachés à leur public et à leur identité. C’est quelque chose que je conseillerais aux jeunes artistes, soyez fiers de faire une musique destinée d’abord à votre public. Regardez un artiste américain, il ne va pas forcément changer sa langue ou adapter sa musique simplement pour séduire le Sénégalais qui l’écoute. Il reste lui-même. J’aime ce nationalisme-là chez la nouvelle génération. Pour ma part, j’ai peut-être voulu aller trop vite vers l’international avant d’avoir suffisamment conforté ma fan-base au Sénégal. C’est l’un de mes regrets.


Est-ce que le talent suffit réellement dans la musique sénégalaise ?


(Rires.) Ces histoires de talent, c’était peut-être surtout valable pour les artistes des années 1960 aux années 1990 ! Mon père me racontait qu’à leur époque, si vous n’étiez pas un bon chanteur, c’était pratiquement fini pour vous. Vous deviez être bon, parce qu’en studio, on enregistrait quasiment tout en une seule prise. Il n’y avait pas toutes les possibilités de correction que nous avons aujourd’hui. Aujourd’hui, la technologie a complètement changé la donne. Vous pouvez chanter faux en studio et l’Auto-Tune peut corriger votre voix. Il existe même des artistes qui l’utilisent en live. Dans la musique urbaine notamment, c’est devenu très courant. Je dirais donc qu’aujourd’hui, le talent compte peut-être pour 20 %. Tout le reste relève du marketing, de la production, du packaging et de la présentation, comme dans le mainstream. Demain, je ne serais même pas surprise qu’un TikTokeur devienne célèbre grâce à la musique. Avec l’intelligence artificielle, on peut désormais composer des morceaux qui peuvent devenir des hits et les mettre sur les plateformes. Il existe déjà, à l’international, des créateurs qui gagnent très bien leur vie grâce à cela sans avoir, à la base, une formation ou un talent artistique traditionnel. Le métier est en train de changer. Donc oui, je pense que le talent ne suffit plus.


«À ce stade de ma vie, je ne cours plus après le succès. Je recherche le respect»
 Il faut aujourd’hui produire, communiquer, être présente sur les réseaux, multiplier les spectacles, les collaborations, les apparitions… Est-ce un modèle dans lequel vous vous reconnaissez ?


Pas du tout. Je ne suis vraiment pas à l’aise avec les réseaux sociaux. Tout le monde me le dit, et je sais que cela a certainement un impact sur mes produits et mes dernières sorties. Aujourd’hui, il faut presque collaborer avec les influenceurs que les gens suivent, pour qu’ils deviennent votre griot sur les réseaux sociaux et parlent constamment de vous. Mais ce n’est absolument pas ma personnalité. Je ne me reconnais pas dans ce système. D’ailleurs, je ne connais même pas la plupart de ces personnes ! Si j’ai un produit, je le sors. Si les gens sont au courant, tant mieux. S’ils ne le sont pas, ce n’est pas grave. À l’étape où j’en suis dans ma vie, je ne cours plus après le succès. Je recherche davantage le respect. La musique m’épanouit énormément, mais si demain il n’y avait plus de musique, je pourrais retourner à l’université et enseigner l’ethnomusicologie. On m’a d’ailleurs demandé à plusieurs reprises de postuler, mais je ne trouve pas encore le temps. Entre mes activités, l’éducation de mon enfant et le fait de m’occuper de mon père qui est malade, j’ai parfois du mal à être partout en même temps. Cela explique aussi en partie mon absence de ces dernières années sur la scène musicale.


Votre discrétion vous a-t-elle parfois desservie ?


À plusieurs reprises, certainement. Mais je ne regrette absolument pas mes choix. Mon mariage n’a pas été médiatisé, pas plus que mon accouchement ou mon divorce. J’ai réussi à verrouiller ma vie privée et j’en suis heureuse. Si c’était à refaire, je ferais exactement la même chose. Je tiens énormément à cette séparation entre ma vie privée et ma vie d’artiste.


On vous voit relativement peu sur scène, dans les grands événements ou les manifestations musicales. Est-ce parce que vous choisissez vos apparitions ou parce qu’on ne vous sollicite pas suffisamment ?


C’est assez logique. Sans projet artistique réel, qu’est-ce que je vais faire sur scène ? Chanter quoi ? Quand je sors un projet, je vais le défendre. Mais lorsqu’il n’y a rien de nouveau à présenter, je n’aime pas la routine. Je ne me vois pas aller constamment chanter les mêmes hits d’hier simplement parce qu’on me demande de monter sur scène. Il y a d’ailleurs eu des engagements que j’ai déclinés parce que je considérais que je n’avais pas de nouveau projet à défendre. Je suis artiste musicienne, mais je suis aussi dans la recherche. Je travaille notamment depuis deux ans sur un livre consacré à la musique sénégalaise, avec mon regard personnel et une comparaison entre les différentes époques. J’aimerais bientôt le publier.


Vous avez connu plusieurs chansons qui ont marqué le public. Comment vivez-vous ce décalage entre reconnaissance artistique et popularité ?


J’ai effectivement eu beaucoup de hits, et cela m’a d’ailleurs valu un autre nom, «Madame Bonheur». Au-delà de mon nom de scène, Adiouza, c’est devenu une sorte de deuxième identité artistique. Et je suis très fière de toutes ces réalisations. Quand je regarde mon parcours, je ne peux qu’être reconnaissante pour les chansons que j’ai pu offrir au public et pour la place qu’elles ont occupée dans la mémoire des Sénégalais.


Avec «Kuluna Yi», revenez-vous simplement pour faire de la musique ou avec la volonté de reprendre une place que vous estimez avoir laissée vacante ?


Je reviens avant tout pour faire de la musique, parce que c’est ce qui m’épanouit. Je sais que je ne suis pas très présente sur les réseaux sociaux et que je ne peux pas exposer mon quotidien, ma famille ou ma vie privée pour alimenter ma notoriété. Je suis donc forcément un peu en décalage avec le mainstream actuel. Aujourd’hui, j’ai parfois l’impression que la vie privée, les polémiques et le «bla-bla» ont pris le dessus sur les réseaux sociaux. On valorise beaucoup ceux qui insultent, ceux qui exposent la vie des autres, la vulgarité… Moi, je ne suis pas dans ça. «Soudé lolou motakh gnou may wower toubab» ! (Rires.) J’ai simplement été éduquée autrement et je n’ai pas envie de changer cela pour être davantage visible.


«Je suis mère célibataire et pas forcément le premier choix des hommes mais»


Quelle est la chose que vous refusez désormais de faire pour être davantage célèbre ?


Montrer ma famille. Là-dessus, je suis catégorique. Si mon enfant veut devenir célèbre un jour, il faudra qu’il choisisse lui-même cette voie. Mais jamais je ne le présenterai au public pour construire ma propre notoriété. Je ne supporte pas de voir des célébrités exposer leurs enfants en bas âge. Je trouve que ce n’est pas leur place. La place d’un enfant, c’est à l’école, dans l’apprentissage, dans le savoir, «sàkku xam-xam» pas sur les réseaux sociaux. Je veux que mon enfant puisse grandir normalement, sans avoir à porter la célébrité de sa mère.


Après avoir fait attendre votre public aussi longtemps, qu’avez-vous envie de lui dire aujourd’hui ?


Je reviens d’abord pour faire de la musique, parce que c’est ce qui m’épanouit. Je ne suis pas pour rentrer dans un moule. Je veux rester droite dans mes bottes, fidèle à mon style, à mes mélodies et à mon identité. Je ne veux pas me conformer à ce qui est à la mode simplement parce que cela fonctionne aujourd’hui. Je ne suis pas dans les beats ternaires à la mode actuellement. J’ai mon univers, ma manière de faire de la musique et je veux continuer à l’assumer. Après cette longue attente, je reviens donc comme je suis.


Et pour finir… êtes-vous toujours un cœur à prendre ?


Rires.) Je suis une mère célibataire… Nous ne sommes plus forcément le premier choix des hommes ! Mais oui, je suis un cœur à prendre, bien sûr ! Je suis une femme romantique. Et malgré les nombreuses déceptions que j’ai pu connaître, je crois toujours en l’amour.


Maria Dominica T. Diedhiou

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Publié par

Mame Fama GUEYE

editor

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