TRIBUNE - Pétrole, gaz et souveraineté : sortir des légendes urbaines pour entrer dans l'histoire

lundi 3 août 2026 • 216 lectures • 0 commentaires

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TRIBUNE - Pétrole, gaz et souveraineté : sortir des légendes urbaines pour entrer dans l\'histoire

iGFM - (Dakar) Par Dr Serigne Momar Sarr, Sociologue, Conseiller technique du Ministre de l'Énergie et du Pétrole du Sénégal

Le 26 juillet dernier, sur le plateau de « En Vérité » (RTS), le Dr El Hadji Abdourahmane Diouf, ministre de l'Énergie et du Pétrole, a posé un diagnostic qui a suscité l'émoi chez certains : le Sénégal doit sortir d'un « souverainisme populiste » qui, en réalité, fait fuir les investisseurs et retarde la valorisation de nos propres ressources. La phrase a été reçue comme une provocation par une partie de l'opinion, façonnée depuis une décennie par un récit binaire où toute médiation avec un partenaire étranger relèverait de la compromission et toute posture rhétorique de la souveraineté retrouvée. Le Ministre n'a pas demandé à se départir de la souveraineté, mais d'une souveraineté populiste qui ne s'accommode pas des réalités de l'écosystème pétrogazier. Il est temps de reprendre ce débat sur des bases sereines et documentées, loin des postures, surtout partisanes. Non pour disqualifier qui que ce soit car la controverse démocratique est saine, mais pour rappeler ce qu'exige, techniquement, industriellement et diplomatiquement, la construction d'une souveraineté énergétique réelle : celle qui se mesure en barils produits, en mégawatts livrés et en factures allégées pour les ménages et non en formules.


I. Une mémoire courte : la légende précède parfois le fait


L'histoire du pétrole et du gaz sénégalais est devenue, avec le temps, un roman national réécrit au gré des saisons politiques. Il faut la restituer avec exactitude. C'est en 2016 qu'éclate, sous l'impulsion d'un inspecteur des impôts alors récemment radié de la fonction publique, la controverse fondatrice : l'attribution opaque, en 2012, des blocs pétroliers et gaziers de Cayar et Saint-Louis à la société Petro-Tim, dans laquelle un proche du pouvoir d'alors détenait des intérêts. En 2018, cette dénonciation devient un livre au titre programmatique (Pétrole et gaz au Sénégal : chronique d'une spoliation) puis, en 2019, un scandale relayé à l'échelle internationale par une enquête de la BBC sur les conditions d'entrée de BP dans le capital de Kosmos Energy. Ce roman a une vertu : il a imposé, dans le débat public sénégalais, une exigence de transparence sur la gouvernance des ressources extractives qui n'était pas acquise. Il a aussi un défaut majeur, largement occulté depuis : il s'est construit sur l'anticipation d'une manne (pipelines, exportations, milliards détournés) alors même que le pays ne produisait pas encore une seule goutte de pétrole ni un seul pied cube de gaz commercial. La polémique est née avant la ressource. Le procès a précédé les faits. Ce n'est que le 11 juin 2024, soit huit ans après l'irruption du sujet dans le débat public, que le Sénégal a extrait son premier baril, sur le champ de Sangomar. Entre-temps, l'imaginaire collectif avait eu tout le loisir de se saisir d'un différend contractuel réel et documentable (la répartition des parts entre l'État et les compagnies, la fiscalité pétrolière, la gouvernance de PETROSEN) pour le transformer en fable de la spoliation nationale, où chaque renégociation de contrat, chaque retrait d'opérateur, chaque révision de calendrier devient, par réflexe, la preuve d'un complot plutôt que l'expression normale d'une industrie longue, capitalistique et risquée.


Le cas de Yakaar-Teranga illustre parfaitement ce mécanisme. Depuis la découverte de Teranga-1 en 2016 et de Yakaar-1 en 2017, ce gisement gazier de classe mondiale — 20 à 42 Tcf de ressources en place selon les estimations — a connu trois vies industrielles successives : une phase portée par BP autour d'un concept de gaz domestique, close en 2020 lorsque l'opérateur a jugé qu'un projet d'exportation de GNL n'était pas, à ce stade, économiquement viable ; une phase portée par Kosmos Energy entre 2023 et 2024, qui a exploré des concepts combinant marché domestique et export, sans que la Final Investment Decision (FID) ne soit lancée ; puis, depuis 2025, une reprise en main par PETROSEN elle-même, qui pilote aujourd'hui la maturation d'un développement intégré. Que des opérateurs internationaux réévaluent, à intervalles réguliers, la viabilité économique d'un projet à 140 kilomètres des côtes et à 2 800 mètres de profondeur n'a rien d'un sabotage : c'est la vie normale d'un actif offshore profond, où les paramètres techniques, les prix internationaux et l'appétit au risque des majors évoluent en permanence. Faire de chaque repositionnement d'un partenaire industriel la preuve d'une trahison nationale relève moins de l'analyse que de l'exploitation politique d'une incompréhension technique, sciemment entretenue ou simplement subie.


II. Ce que veut dire « être opérateur »


Il faut ici lever une confusion récurrente dans le débat public : celle qui consiste à croire que la souveraineté se mesure au fait que PETROSEN opère seule ses champs, dès aujourd'hui, sans partenaire. C'est méconnaître ce que recouvre, dans l'industrie pétrolière et gazière offshore profonde, la fonction d'opérateur. Être opérateur d'un projet en eaux profondes, ce n'est pas détenir un titre juridique : c'est assumer, seul devant les bailleurs, les assureurs et les régulateurs, la responsabilité technique, financière et environnementale d'un forage à plusieurs milliers de mètres sous la mer, avec des budgets qui se comptent en centaines de millions de dollars par puits et des délais d'exécution qui se comptent en années. Aucune compagnie nationale africaine, pas même les plus anciennes et les mieux capitalisées, n'a fait ce saut sans un compagnonnage préalable avec un opérateur de classe mondiale. Ce n'est pas une faiblesse sénégalaise : c'est une règle universelle de l'industrie, que même les majors respectent entre elles, aucune ne développant seule un actif de cette complexité sans consortium.


C'est cette réalité  et non un quelconque renoncement qui explique la doctrine actuelle : consolider PETROSEN comme intégrateur de toute la chaîne de valeur gazière, agrégateur du marché domestique, partenaire technique en apprentissage accéléré aux côtés d'opérateurs internationaux, avant d'envisager, à terme, une montée en autonomie opérationnelle. C'est aussi ce qui explique la relance, en phase d’engagement par le ministre, d'un travail de fond sur l'attractivité de nos 113 blocs sous convention, à travers un road show auprès des compagnies internationales. Car le constat est sans appel : depuis les grandes découvertes qui ont fait basculer le Sénégal dans le club des pays producteurs, aucune découverte majeure nouvelle n'est venue enrichir le portefeuille national. Ce silence exploratoire a des causes multiples, mais l'une d'elles est documentée par les acteurs eux-mêmes de l'industrie : le Code pétrolier de 2019, voté dans un climat de surenchère sur la rente, a durci les termes fiscaux et contractuels au point de dissuader une partie des compagnies internationales d'engager de nouvelles campagnes d'exploration sur le bassin sénégalais, alors même que les bassins voisins (Mauritanie, Guinée-Bissau, Gambie, Côte d'Ivoire) poursuivaient, eux, leur effort d'exploration. Voilà le vrai sujet que le débat public devrait se saisir : pourquoi, depuis dix ans, plus aucune découverte majeure n'est venue au Sénégal ? Plutôt que d'instruire cette question, inconfortable parce qu'elle interroge nos propres choix législatifs, le populisme préfère désigner un bouc émissaire et raconter une aventure qui n'existe que dans le récit qu'on en fait.


III. Le pragmatisme comme doctrine, la méthode comme rupture


Il faut également resituer ce débat dans son contexte budgétaire immédiat. Le Sénégal a hérité, ces derniers mois, d'une situation de finances publiques exigeante, documentée par les rapports d'exécution budgétaire successifs, qui contraint l'État à une discipline de moyens sans précédent. Dans ce contexte, chaque mois de retard sur la mise en production d'un gisement, chaque mois de dépendance supplémentaire aux combustibles importés pour alimenter les centrales électriques, a un coût direct, chiffrable, pour le contribuable sénégalais. Ce n'est donc pas un hasard si le nouveau Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lô, dès sa nomination à ce poste le 25 mai 2026, a pris soin de préciser qu'il ne s'agissait « point d'un changement de cap, mais d'un changement de méthode ». Cette formule, en apparence anodine, en apparence purement protocolaire, dit en creux l'essentiel : si la méthode devait changer, c'est qu'elle avait, quelque part, failli. On ne corrige que ce qui a besoin de l'être. Le pragmatisme n'est donc pas une trahison des idéaux de rupture portés par la nouvelle majorité : il en est, au contraire, la condition de survie. Un cap sans méthode n'est qu'une intention ; une méthode sans résultats n'est qu'une posture. Le gouvernement actuel, à travers le ministère de l'Énergie et du Pétrole, a fait le choix de la deuxième option la plus difficile ; la première étant l'immobilisme confortable : documenter, chiffrer, arbitrer et avancer, plutôt que déclamer.


IV. Repenser la souveraineté : au-delà du slogan


Mais il faut aller plus loin et interroger le mot lui-même. Car nul n'a l'apanage du patriotisme et personne n'est plus républicain que l'État. C'est une évidence qu'il n'est pourtant pas inutile de rappeler dans un pays où la surenchère souverainiste est devenue, pour certains courants, un fonds de commerce politique permanent. Avant même que le mot « souveraineté » ne devienne un slogan de tribune, des générations d'aînés l'avaient déjà incarné dans des formules d'une sobriété que notre époque, bavarde, a perdue. Majhemout Diop et ses compagnons du Parti africain de l'indépendance (PAI), dès les années 1957, avaient forgé en wolof cette triple injonction qui reste, à ce jour, la formule la plus juste jamais énoncée sur la question : « Mom sa reew (indépendance), Bok sa reew (solidarité et partage), Défar sa reew (construire) ». Trois verbes, une doctrine complète. Posséder ne suffit pas ; il faut construire. Or construire suppose des compétences qu'on n'a pas encore, des capitaux qu'on ne détient pas encore, des marchés qu'on ne maîtrise pas encore ; et donc, nécessairement, des partenariats, des apprentissages, des concessions temporaires sur la voie d'une autonomie réelle. C'est précisément ce que le populisme contemporain refuse d'admettre, lui qui voudrait que la possession précède, par un coup de volonté rhétorique, la construction elle-même.


Il y a, dans cette confusion, ce que Albert Camus appelait, à propos des grandes causes du XXe siècle, l'épuisement des idéologies ; ces systèmes de pensée qui, ayant perdu leur souffle créateur initial, ne survivent plus que comme rituel incantatoire, répétant leurs slogans fondateurs sans plus rien produire de neuf face au réel. Le panafricanisme, courant de pensée d'une richesse et d'une exigence intellectuelle considérables, de Nkrumah à Cheikh Anta Diop, de Fanon à Cabral, mérite mieux que d'être réduit à une esthétique de la posture, brandi comme un totem contre toute médiation avec le monde extérieur, quand ses penseurs fondateurs eux-mêmes ont passé leur vie à dialoguer, souvent âprement, avec les puissances et les savoirs occidentaux pour mieux les subvertir. Un panafricanisme qui se contente de dénoncer sans jamais bâtir, qui préfère l'incantation à l'ingénierie, n'est plus une pensée : c'est une « idéologie exténuée », au sens camusien, qui a survécu à sa propre raison d'être et qui, faute de projet, se love dans le confort de l'indignation permanente.


V. La leçon du monde : nul ne s'industrialise seul


Car voici ce que l'histoire économique enseigne, sans exception connue : aucune puissance, même la plus considérable, ne construit sa souveraineté industrielle en autarcie. La base de toute souveraineté réelle, c'est le pouvoir économique et le pouvoir économique se construit par degrés, par apprentissages successifs, souvent au prix d'une dépendance initiale assumée et bornée dans le temps.


Regardons les États-Unis eux-mêmes, pourtant première puissance économique mondiale. Au début de son second mandat, le président Donald Trump avait fait des droits de douane l'instrument premier de sa doctrine de reconquête de la souveraineté industrielle américaine, notamment face à la Chine. Quelques mois plus tard, c'est pourtant lui-même, entouré des plus hauts dirigeants économiques et industriels du pays, qui s'est rendu à Pékin pour négocier des allègements et des débouchés commerciaux pour les entreprises américaines. La première puissance du monde, celle-là même qui brandissait le protectionnisme comme étendard, a dû revenir à la table des négociations : la souveraineté économique, même pour un hégémon, n'est jamais un état stable et définitif, mais un rapport de force en perpétuelle recomposition où l'interdépendance ne disparaît jamais complètement, elle se négocie.


Prenons la Chine elle-même, pourtant seconde puissance technologique mondiale, capable de mettre en orbite ses propres taïkonautes et de dominer des pans entiers de l'industrie des semi-conducteurs et des terres rares. Malgré des décennies d'investissements massifs, elle peine encore à produire, de façon totalement autonome, des moteurs d'avion civils à haut taux de dilution comparables à ceux que seules trois ou quatre entreprises au monde (General Electric Aerospace (États-Unis), Pratt & Whitney (États-Unis - filiale de RTX), Rolls-Royce (Royaume-Uni), Safran Aircraft Engines (France)) savent aujourd'hui fabriquer de bout en bout, avec la fiabilité et l'endurance exigées par les compagnies aériennes commerciales. Si un pays doté d'une telle puissance industrielle et d'un tel volontarisme étatique n'a pas encore comblé ce fossé technologique précis, comment reprocher sérieusement à un pays de 19 millions d'habitants, qui n'a extrait son premier baril que le 11 juin 2024, de ne pas encore opérer seul un champ gazier en eaux ultra-profondes ?


Prenons enfin la France, puissance nucléaire et militaire de premier rang, qui construit aujourd'hui son porte-avions de nouvelle génération. Son porte-avions actuel, le Charles-de-Gaulle, embarque des catapultes de fabrication américaine, la France n'ayant jamais développé, seule, cette technologie de lancement à la maîtrise industrielle si particulière. Une puissance nucléaire, capable de dissuasion atomique autonome, dépend donc, sur un maillon technologique précis de son propre outil de projection navale, d'un savoir-faire étranger. Faut-il pour autant conclure que la France a perdu sa souveraineté militaire ? Bien sûr que non. Il faut en conclure, plus justement, que la souveraineté n'est jamais une totalité homogène et intégrale : elle se construit maillon par maillon, secteur par secteur, en acceptant, sur les segments où l'on n'a pas encore l'avantage technique, de s'associer à ceux qui l'ont, tout en construisant méthodiquement, sur les autres segments, son autonomie. Ce constat se vérifie déjà pour son successeur en construction, le France Libre, qui perpétuera cette vulnérabilité stratégique en intégrant des catapultes électromagnétiques (EMALS) de conception américaine. L'architecture technique de ce système lie la Marine nationale à l'industriel General Atomics jusqu'aux années 2080, une dépendance structurelle qui impose, au-delà de l'achat du matériel, des protocoles de maintenance stricts et la présence permanente d'un officier de liaison américain à bord pour en superviser l'exploitation de haute sécurité.


Cette leçon, des nations productrices d'hydrocarbures l'ont parfaitement intégrée avant nous. L'Arabie Saoudite n'est devenue pleinement maîtresse de son or noir qu'en 1980, lorsque l'État saoudien a finalisé la nationalisation intégrale d'ARAMCO ; pas davantage, cette souveraineté totale n'a été atteinte qu'après plusieurs décennies de coentreprise avec des compagnies américaines, décennies pendant lesquelles les ingénieurs, les géologues et les cadres saoudiens ont appris, sur le terrain, aux côtés de leurs partenaires, le métier qu'ils exercent aujourd'hui seuls, à l'échelle industrielle la plus avancée du monde. La Norvège offre un autre modèle, plus proche encore de notre situation : lorsque les premiers gisements de la mer du Nord sont découverts à la fin des années 1960, Oslo ne dispose d'aucune compagnie pétrolière nationale digne de ce nom. C'est en s'associant systématiquement aux majors britanniques et américaines qui opéraient alors le plateau continental, tout en imposant, par la loi, des clauses de participation croissante et de transfert de compétences, que STATOIL, créée en 1972, a pu, en une génération, devenir l'un des opérateurs offshore les plus respectés du monde, aujourd'hui EQUINOR depuis 2018. Aucun de ces pays, aucun d'entre eux, n'est devenu souverain sur son sous-sol en refusant, par principe, le partenariat. Tous sont devenus souverains en négociant, patiemment, les termes de leur apprentissage.


VI. La voie choisie : un développement hybride, gage d'indépendance énergétique


C'est cette philosophie qui structure aujourd'hui la relance du dossier Yakaar-Teranga engagée par le ministère de l'Énergie et du Pétrole sous le leadership de PETROSEN. Après une décennie de maturation et plusieurs concepts techniques successivement évalués, la décision stratégique proposée consiste à engager sans délai les études d'un développement intégré, conciliant deux impératifs longtemps traités comme contradictoires : la sécurisation rapide d'un gaz domestique destiné en priorité au marché sénégalais (pour alimenter les centrales électriques, réduire la facture d'électricité des ménages et des entreprises et desserrer l'étau de la dépendance aux combustibles importés) et la préservation, dans un second temps, d'un potentiel d'exportation sous forme de Gaz naturel liquéfié (GNL), qui viendrait renforcer la rentabilité globale du projet et son attractivité auprès de futurs partenaires internationaux.


Sans entrer dans le détail des paramètres commerciaux et financiers encore en cours d'arbitrage, dont la divulgation prématurée nuirait à la position de négociation du Sénégal, l'esprit de cette approche peut être résumé simplement : sécuriser d'abord les volumes de gaz destinés au marché national avant d'en optimiser les coûts. Les analyses techniques conduites par les équipes ministérielles montrent qu'un développement gazier domestique demeure économiquement viable dès les premiers volumes de production et que la montée en puissance progressive de cette production, combinée à des mécanismes fiscaux différenciés selon l'usage final du gaz (service public de l'électricité d'un côté, valorisation commerciale de l'autre), constitue le levier le plus puissant pour faire baisser, dans la durée, le coût de l'énergie pour les Sénégalais. C'est un objectif ambitieux, documenté, chiffré, qui vise une division potentielle par deux du coût actuel du gaz destiné à la production électrique nationale sur l'horizon des prochaines années. Voilà ce qui devrait faire l'objet du débat public : la trajectoire de baisse du prix de l'électricité pour les ménages sénégalais et non la fable récurrente d'un bradage des ressources nationales.


VII. Pour un débat à la hauteur des enjeux


Il convient, en sondant l'activité de la société civile et d'une certaine opposition politique sur ce dossier, de reconnaître qu'il existe, derrière la posture, une exigence légitime de transparence, héritée précisément du scandale de 2016 et qu'il serait malvenu de balayer d'un revers de main. C'est cette exigence qu'il faut honorer par la pédagogie, par la publication régulière d'informations vérifiables, par la reddition de comptes devant la représentation nationale, plutôt que la caricaturer en trahison ou la disqualifier en bloc. Mais cette exigence légitime ne saurait justifier la confusion permanente entre gouvernance et souveraineté, entre fermeté rhétorique et efficacité industrielle, entre indignation et compétence. C'est pourquoi il convient, sur ce dossier comme sur d'autres, d'adopter une démarche lucide, qui prenne ses distances avec les postures tranchées et le militantisme affiché, pour offrir au débat public un cadre d'analyse rigoureux, appuyé sur les faits, les dates, les chiffres et les comparaisons internationales, plutôt que sur l'anathème.


C'est dans cet esprit que le ministre de l'Énergie et du Pétrole a choisi, sur le plateau de la RTS, de nommer les choses avec la franchise qu'exige la fonction : le souverainisme qui repousse les investisseurs sans rien construire à la place n'est pas un supplément de souveraineté, il en est le contraire, c’est-à-dire une souveraineté proclamée qui prive le pays des moyens de la souveraineté réelle. À l'inverse, un pragmatisme documenté, qui négocie pied à pied, qui apprend aux côtés des meilleurs opérateurs mondiaux, qui construit patiemment les compétences nationales tout en sécurisant, dès aujourd'hui, l'accès des Sénégalais à une énergie plus abordable, voilà ce qui, demain, permettra de dire, en vérité, que le Sénégal a fait de son sous-sol un instrument de sa liberté plutôt qu'un slogan de sa rhétorique. Mom sa reew ne suffit pas. Il faut, patiemment, méthodiquement, sans précipitation ni renoncement, Défar sa reew et en faire part à l’humanité, Bok sa reew. 


 


Dr Serigne Momar Sarr est Maître de Conférences titulaire en Sociologie à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) et Conseiller Technique du Ministre de l'Énergie et du Pétrole. Les vues exprimées ici n'engagent que leur auteur.

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Publié par

Harouna Fall

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