Après la gloire, la précarité: Saran Cissoko alerte sur le naufrage financier des légendes de la musique en Afrique de l’Ouest

vendredi 14 août 2026 • 835 lectures • 0 commentaires

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Après la gloire, la précarité: Saran Cissoko alerte sur le naufrage financier des légendes de la musique en Afrique de l’Ouest

iGFM - (Dakar) Les légendes africaines sont trop souvent confrontées à de lourdes difficultés financières une fois arrivées à la retraite.* C’est un phénomène récurrent en Afrique de l’Ouest, où une grande partie de ces ténors se retrouvent dans une précarité inquiétante.

À la lumière de la récente affaire concernant la diva Maciré Sylla, Saran Cissoko consultante en direction artistique, spécialiste de la gestion des droits et revenus des artistes, et PDG de Kumbati décortique la situation et propose des pistes de réflexion pour faire face à ce fléau.


Lorsqu’un artiste, fort de plusieurs décennies de carrière, se retrouve en difficulté financière, sait-on réellement ce que ses créations ont rapporté ? Qui a perçu ces sommes ? Et l’intégralité de ses droits lui a-t-elle bien été reversée ?


Cette question ne concerne pas uniquement les artistes en fin de carrière. Elle vaut aussi pour la nouvelle génération qui cumule aujourd’hui vues, streams et concerts à guichets fermés, mais qui, à y regarder de près, ne touche que très peu, voire rien, de ce que sa musique génère réellement.


Le fossé traverse toutes les générations: d’un côté, des catalogues anciens mal suivis; de l’autre, des titres viraux dont les métadonnées n’ont jamais été correctement renseignées.


Une carrière ne génère pas uniquement des cachets. Selon son rôle auteur, compositeur, interprète, producteur, un artiste perçoit des revenus issus de multiples sources: droits d’auteur, droits voisins, exploitation d’enregistrements, distribution numérique et licences.


L’OMPI, l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle, le rappelle: la gestion individuelle de ces droits est impossible. Un auteur ne peut pas négocier avec chaque radio qui diffuse sa musique. C’est le rôle des organismes de gestion collective de suivre ces usages, de négocier, de collecter et de répartir les redevances.
La question à poser à un artiste en difficulté n’est donc pas seulement: « Comment l’aider ? », mais aussi: « Avons-nous vérifié tout ce qui lui est déjà dû ? ».


Retracer d’anciennes exploitations tourne vite au parcours du combattant: adresses invalides, contrats introuvables, sociétés ayant changé de structure. Sur le terrain, c’est concret: un distributeur qui ne transmet plus de relevés, des versements interrompus derrière des excuses de « problèmes techniques » jamais résolus, ou des interlocuteurs qui deviennent injoignables.


Ce ne sont pas des cas isolés. Ce sont des schémas récurrents. Il faut aussi parler des contrats. Certains accords avec des producteurs ou éditeurs sont rédigés de façon si complexe que l’artiste n’en mesure les implications que des années plus tard. Surtout quand il signe seul son premier contrat.


« Dans mes travaux actuels sur les catalogues de plusieurs artistes africains confirmés, je mesure quotidiennement cette difficulté à retracer une chaîne administrative ancienne. Il est bien plus ardu de recouvrer des revenus après plusieurs années que d’en assurer le suivi rigoureux dès le départ », souligne Saran Cissoko.


Les intermédiaires producteurs, distributeurs, éditeurs ne sont pas les adversaires des artistes. Mais tout acteur participant à l’exploitation d’une œuvre doit pouvoir rendre des comptes: qui exploite, pour quelle durée, sur quels territoires et selon quelles conditions financières.


L’OMPI accompagne d’ailleurs plusieurs institutions africaines dans la mise en place de mécanismes de médiation pour régler les litiges entre artistes et producteurs.


Les sociétés de gestion collective ont aussi un rôle charnière: identifier précisément les œuvres et leurs ayants droit, collecter et répartir les redevances. L’enjeu est majeur. Selon le Rapport des collectes mondiales 2025 de la CISAC, 13,97 milliards d’euros ont été reversés aux créateurs dans le monde en 2024, dont 90 millions d’euros en Afrique, soit +14,2 %. Les flux financiers sont donc réels.


Mais la responsabilité ne repose pas uniquement sur les intermédiaires. Les artistes et leurs managers doivent aussi évoluer: un contrat signé puis oublié, une œuvre publiée sans métadonnées, un manager remplacé sans transfert d’accès, des relevés jamais réclamés... Dix ans plus tard, tout reste à reconstituer.


La solidarité reste nécessaire face à l’urgence. Elle ne doit toutefois pas se substituer à la protection juridique et financière des droits. Le vrai problème est structurel: des intermédiaires identifiables sur le papier, mais introuvables en pratique de véritables « distributeurs fantômes ».


Conclusion de Saran Cissoko: S’informer sur ses droits et s’entourer de professionnels compétents n’est plus une option.

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Publié par

Mame Fama GUEYE

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