BIG D: LE RETOUR D'UN PIONNIER - Entre promesse tenue et silences imposé
jeudi 10 septembre 2026 • 241 lectures • 0 commentaires
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iGFM - (Dakar) Le public a d’abord connu le visage avant de connaître les blessures. Celui de l’auteur de « Souma nékhé ngandé », le tube qui a propulsé sa carrière. En mai 2026, quand Armand Alexandre Damas, alias Big D, a retrouvé les planches du Grand Théâtre de Dakar, les applaudissements n’ont pas seulement salué un rappeur. Ils ont accueilli un homme.
Entre le jeune artiste à la présence physique qui occupait les scènes dakaroises des années 90 et celui qui est réapparu, quelque chose s’est défait. Quelque chose s’est reconstruit aussi. La voix est restée. L’homme, lui, porte désormais en lui tout ce que la lumière ne montre jamais.
La promesse à un fils
Big D est devenu, à son corps défendant, un survivant des époques. La maladie, le cinéma, les difficultés personnelles et un deuil d’une violence inouïe ont déplacé sa trajectoire. En octobre 2024, il perd son fils aîné, Erwin Georges, âgé de 17 ans. Une tragédie dont aucun mot ne saurait épuiser la douleur.
Depuis, l’artiste a choisi le retrait. « Je ne préfère plus parler de ma vie personnelle et de mes projets. Je vis mieux ainsi », confie-t-il simplement. Mais s’il est remonté sur scène en mai dernier, c’était pour une raison intime.
« C’est magnifique de renouer avec la scène et le public. J’ai surtout été très heureux d’avoir tenu la promesse faite à mon défunt fils, Erwin Georges, de reprendre le mic. De là-haut, il devait être super content, car son rêve était de me revoir sur scène. »
L’histoire de Big D commence bien avant ce silence. Elle commence en 1989, quand le hip-hop sénégalais n’est encore qu’une greffe américaine qui cherche à prendre racine à Dakar. Le micro y devient une arme pacifique. Big D le comprend très tôt.
« Le rap ne relève pas seulement de la performance. C’est une façon de regarder la société dans ses contradictions, ses violences, ses failles, puis de les restituer avec la brutalité nécessaire à une époque qui ne raffole guère des vérités trop polies. »
En 1994, sa rencontre avec Jojo dans l’émission culte « Rap Attak » est décisive. Avec Gofu, ils fondent « Yatfu ». Le groupe s’impose avec une esthétique hardcore, une parole sans fard. À l’époque des cassettes et du bouche-à-oreille, le titre « Stop agresseur » marque les esprits. La ligne est claire: « Je me sers des mots pour dénoncer les maux de la société. »
En 1998, l’album « Fenku Yatfu » sort. Big D participe aussi à l’aventure collective « Aura » aux côtés d’Awadi, Xuman et Keyti. Puis les chemins se séparent.
Big D choisit la carrière solo. Quatre albums s’enchaînent: « Jackpot » (2000), « XXL » (2002), « Jamm, la paix » (2004) et « Amine » (2007). Le rappeur hardcore s’ouvre au reggae et au ragga, refuse de devenir prisonnier de sa propre réputation.
Puis, alors que le rap sénégalais devient une industrie, il s’éloigne. Aux yeux du public, l’absence a la brutalité d’une disparition. Mais la vie d’un homme ne s’interrompt pas quand sa musique quitte les ondes. Le cinéma, la maladie, les épreuves s’invitent.
C’est ça, la leçon étrange de la célébrité que rappelle Big D. Elle peut faire connaître un visage à des milliers de personnes sans leur faire connaître l’homme. Elle agrandit l’image, mais ne protège de rien. Ni du temps, ni de la maladie, ni de la mort.
Son retour en 2026 possède cette ambiguïté féconde. La joie des retrouvailles et la mémoire des premières années du hip-hop. Et sous l’émotion, le sentiment que le temps a passé.
Le rap sénégalais n’est plus le même. Les cassettes ont laissé place aux plateformes, la radio aux réseaux sociaux. Un morceau franchit les frontières en quelques heures.
Big D, lui, revient avec ce qui lui reste de plus précieux: une voix chargée d’une histoire que les applaudissements ne peuvent effacer. Et une promesse tenue.
Publié par
Mame Fama GUEYE
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