CLIMAT AU SENEGAL : L’insupportable hypocrisie de la « parité de façade »
mercredi 15 juillet 2026 • 266 lectures • 1 commentaires
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3 heures
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iGFM - (Dakar) Sur le papier, le Sénégal est un modèle de progressisme avec sa loi sur la parité absolue. Sur le terrain de la crise climatique, c'est une tout autre histoire. Une étude choc de l'organisation Natural Justice révèle comment les femmes, pourtant en première ligne face au désastre écologique, restent systématiquement réduites au silence dans les cercles de pouvoir locaux.
C’est un secret de polichinelle que l’on préfère cacher sous les tapis des ministères et des grandes conférences internationales : la parité politique au Sénégal est une illusion.
Alors que le pays subit de plein fouet l'avancée du désert, la salinisation des terres et la disparition des ressources halieutiques, ceux qui prennent les décisions pour y faire face sont presque exclusivement des hommes. Menée pendant deux ans et demi à Cayar-Bargny, Toubacouta et Sokone par l’ONG Natural Justice, une enquête sans concession met à nu les rouages d'un système qui exclut invisiblement mais sûrement la moitié de la population.
Derrière les sourires officiels, l'exclusion en chiffres
Dans les mairies, la loi force une parité stricte à 50-50 sur les listes électorales. Mais dès que l'on quitte les projecteurs des conseils municipaux pour entrer dans les comités qui gèrent concrètement la survie des territoires, le château de cartes s'effondre.
Dans les comités de gestion des Aires Marines Protégées (AMP), les comités de pêche locale ou les structures forestières, le taux de participation des femmes s'effondre entre 29 % et 41 %.
Pourquoi un tel fossé ? Parce que la parité y est vécue comme une contrainte administrative, une case à cocher pour satisfaire les bailleurs de fonds, et non comme une réelle volonté de partager le pouvoir. Les femmes y sont présentes physiquement, mais politiquement muettes.
L'« habitus patriarcal » : cette prison invisible
L'étude de Natural Justice pose un diagnostic précis sur ce mal sénégalais : l'habitus patriarcal. Un concept scientifique pour désigner une réalité brutale. Dès l'enfance, les femmes intériorisent l'idée que l'espace public, la parole politique et la gestion des affaires de la cité appartiennent aux hommes.
Le jour où elles accèdent enfin à une assemblée décisionnelle, cette barrière psychologique invisible se dresse. Elles n'osent pas contredire, elles n'osent pas proposer. Pire : la société les rappelle immédiatement à l'ordre si elles tentent de bousculer ce statu quo séculaire.
La taxe invisible du travail domestique
Au-delà des mentalités, c'est l'organisation matérielle de la société qui verrouille le pouvoir. Comment exiger d'une femme qu'elle s'engage dans un comité de surveillance de la mangrove ou qu'elle assiste à une réunion municipale de trois heures quand sa journée de travail invisible n'en finit pas ?
Entre la corvée d'eau, la préparation des repas, les soins aux enfants et aux malades, les femmes assument la quasi-totalité du travail domestique non rémunéré. Ce temps volé par la survie quotidienne est autant de temps retiré à l'engagement citoyen. Pendant que les hommes délibèrent et décident de l'avenir de l'eau, de la forêt et de la terre, les femmes travaillent à la tâche pour que le foyer ne s'écroule pas.
L'heure de la révolte juridique
Pour Mme Dia , directrice de Natural Justice pour l'Afrique de l'Ouest, il est temps de passer de la défensive à l'offensive. L'organisation lance une campagne nationale de plaidoyer qui refuse la diplomatie de salon.
L’objectif n'est plus d'implorer une place à la table des négociations, mais d'armer juridiquement les femmes. En maîtrisant la règle de droit, les mécanismes de gouvernance et les concepts de justice climatique, les communautés locales se préparent à imposer leur voix face aux décideurs publics et aux autorités traditionnelles.
La parité ne sera plus une concession polie accordée par le patriarcat, mais un droit arraché par la compétence et la légitimité du terrain.
Publié par
Harouna Fall
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