Conflit Arabie Saoudite et Houthis du Yémen : Le Sénégal n'a pas besoin de cette guerre, ses priorités sont ailleurs
mardi 13 octobre 2026 • 121 lectures • 0 commentaires
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iGFM - (Dakar) "Je voudrais interpeller respectueusement le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, ainsi que les autorités sénégalaises, sur la position de notre pays face au conflit opposant l’Arabie saoudite aux Houthis au Yémen".
Quels sont aujourd’hui les intérêts fondamentaux du Sénégal dans cette guerre ? Je ne remets pas en cause le droit de l’Arabie saoudite à assurer sa sécurité ni la gravité des attaques contre son territoire. Mais le Sénégal doit évaluer ses propres intérêts avant de prendre position dans un conflit qui n’est pas le sien.
Notre priorité doit être le peuple sénégalais.
La cherté de la vie, le chômage, la précarité et les difficultés d’accès à l’emploi préoccupent quotidiennement les familles. Les jeunes cherchent un avenir, les parents peinent à subvenir aux besoins de leurs enfants et les entrepreneurs luttent pour préserver leurs activités et leurs emplois.
Voilà notre véritable bataille : combattre la pauvreté, le chômage et la dépendance économique, tout en renforçant l’éducation, la santé, la dignité et la souveraineté du pays.
Le Sénégal doit-il se laisser entraîner dans les rivalités géopolitiques d’autres nations alors qu’il a tant de défis à relever chez lui ?
L’Arabie saoudite et les Houthis ont leur propre histoire, leurs intérêts et leurs antagonismes. Le conflit yéménite est complexe et dépasse largement ceux du Sénégal. Notre pays doit donc éviter les simplifications et toute prise de position qui ne reposerait pas sur une analyse rigoureuse de ses conséquences pour notre peuple.
L’Arabie saoudite est un partenaire du Sénégal, avec lequel nous entretenons des relations fraternelles, économiques, religieuses et diplomatiques. Nous pouvons reconnaître son soutien sans oublier que la première responsabilité d’un président sénégalais est envers le peuple sénégalais.
La diplomatie ne doit pas reposer sur une gratitude aveugle, mais sur des intérêts réciproques, le respect mutuel et la souveraineté. Nous ne demandons ni de tourner le dos à l’Arabie saoudite ni de soutenir les Houthis. Nous demandons au Sénégal de préserver son indépendance de jugement, de privilégier la paix et de refuser les alignements qui ne servent pas clairement ses intérêts nationaux.
Être ami avec un pays ne signifie pas prendre position dans toutes ses confrontations.
Le Sénégal peut condamner les attaques contre les civils, défendre le droit international, appeler à la désescalade et encourager les négociations sans devenir le porte-parole d’un camp. C’est cela, une diplomatie responsable.
Mais il faut aussi dire clairement que, trop souvent, nos diplomaties semblent commandées et commanditées de l’extérieur, comme si le Sénégal devait se comporter en élève docile. Quand on lui dit : « Condamne », il condamne. Quand on lui dit : « Applaudis », il applaudit. Quand on lui dit : « Debout », il répond : « Je me lève ». Quand on lui dit : « Assis », il répond : « Je m’assieds ». Quand on lui dit : « Tais-toi », il répond : « Je me tais ». Et quand on lui dit : « Parle », il parle. Une telle attitude n’est pas digne d’un pays africain souverain.
Monsieur le Président, le Sénégal a besoin de partenaires, mais surtout d’une stratégie claire pour sortir de la pauvreté : investissements productifs, emplois durables, agriculture forte, industrie nationale, meilleur accès aux soins et perspectives pour la jeunesse.
Chaque décision diplomatique devrait répondre à une question essentielle : qu’apporte-t-elle au Sénégal, à son économie, à sa sécurité, à son peuple et à son avenir ? Lorsqu’une prise de position ne répond ni à un impératif de droit international, ni à la protection des populations, ni à un intérêt national clairement établi, sa nécessité doit être examinée avec courage.
L’Afrique a trop longtemps subi les rivalités des grandes puissances. Elle doit désormais défendre ses intérêts, parler d’une voix indépendante et refuser que ses priorités soient dictées par des agendas extérieurs.
Notre ambition ne doit pas être de choisir systématiquement un camp dans les guerres du monde, mais de construire un Sénégal fort, prospère, souverain et respecté.
Nous devons rechercher la paix avec l’Arabie saoudite, le Yémen, l’Iran, les pays occidentaux et tous nos partenaires, dans le respect de nos principes et de notre souveraineté.
Le peuple sénégalais attend des résultats, de la justice sociale, des perspectives et la possibilité de vivre dignement du fruit de son travail.
Notre première solidarité doit aller à nos compatriotes qui souffrent. Notre première bataille doit être celle du développement. Et notre première fidélité doit être celle que nous devons au Sénégal.
Le Sénégal n’a pas besoin de s’inventer des guerres étrangères. Il doit gagner la bataille de la pauvreté, de l’emploi et de la souveraineté économique.
Que notre diplomatie serve la paix. Que notre politique serve le peuple. Et que nos décisions servent d’abord le Sénégal.
Par Serigne Gora Seye, responsable moral des Serviteurs de l’Islam.
Publié par
Harouna Fall
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