Délestages récurrents : Noo Lank exige des comptes et une réforme de la gouvernance énergétique

jeudi 24 septembre 2026 • 72 lectures • 0 commentaires

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Délestages récurrents : Noo Lank exige des comptes et une réforme de la gouvernance énergétique

iGFM - (Dakar) Depuis plusieurs semaines, le Sénégal traverse une nouvelle vague de délestages qui plonge des quartiers entiers dans le noir, perturbe profondément la vie des ménages et rappelle avec force une fragilité persistante de notre système électrique.

Noo Lank ne peut se satisfaire d’explications techniques distillées au compte-gouttes par la SENELEC et rappelle que la fourniture continue d’électricité n’est pas une faveur, mais une obligation de service public dont l’État est le premier garant.


Au-delà des désagréments imposés aux ménages, ces coupures ont un coût économique réel. Elles désorganisent les activités des petites et moyennes entreprises (PME), des commerces, des ateliers, des services et des unités de production, entraînant des pertes de chiffre d’affaires, des arrêts de production et une baisse de productivité.


Elles affectent également les travailleurs indépendants et les activités fortement dépendantes de l’électricité, contraints de supporter des charges supplémentaires liées aux groupes électrogènes, au carburant ou à d’autres solutions alternatives d’alimentation. À cela s’ajoutent les risques de détérioration des équipements et de pertes de marchandises, notamment pour les activités nécessitant une chaîne du froid.


Ces interruptions répétées constituent ainsi un frein à l’activité économique, à l’investissement et à la confiance des acteurs économiques. Le coût des délestages ne se mesure donc pas uniquement en heures sans électricité, il se traduit par des revenus perdus, des activités fragilisées et des opportunités économiques compromises.


Les autorités invoquent la conjonction de pannes techniques, de tensions géopolitiques internationales et d’une demande exceptionnelle liée à la chaleur. Ces facteurs peuvent expliquer certaines difficultés conjoncturelles, mais ils ne sauraient dispenser l’État d’une interrogation de fond sur la planification, l’anticipation et la sécurisation durable de l’approvisionnement électrique.


La centrale West African Energy (WAE), censée contribuer significativement à la puissance installée du pays, fonctionne toujours au gasoil faute de gaz disponible. Dans le même temps, le projet Yaakaar-Teranga, présenté depuis plusieurs années comme un pilier de la stratégie « gas-to-power », connaît de nouvelles évolutions sans que la production de gaz destinée au marché national ne permette encore de sécuriser durablement l’approvisionnement des centrales gazéifiées.


Cette situation appelle des explications précises sur les choix opérés, le calendrier des projets structurants et leur articulation avec la stratégie nationale de souveraineté énergétique.


Noo Lank estime également nécessaire de réexaminer le positionnement institutionnel du Fonds de soutien au secteur de l’énergie (FSE). Alors que sa mission est directement liée à la sécurisation de l’approvisionnement énergétique et au soutien du secteur, le Fonds relève actuellement de la tutelle du Ministère des Finances et du Budget.



Pour Noo Lank, cette configuration mérite d’être réinterrogée, le FSE devrait être placé sous la tutelle du Ministère chargé de l’Énergie, afin de renforcer la cohérence entre la politique énergétique, la planification des besoins, la sécurisation de l’approvisionnement et l’utilisation des mécanismes de soutien au secteur.


Cette évolution devrait s’accompagner d’un contrôle financier rigoureux, d’un audit indépendant et d’une information publique sur l’utilisation des ressources du FSE, afin de garantir leur traçabilité et leur efficacité au service de la sécurisation de l’approvisionnement énergétique.


La loi n° 2021-31 du 9 juillet 2021 portant Code de l’électricité prévoyait, dans un délai maximum de trente (30) mois, la finalisation de la séparation fonctionnelle de la société nationale d’électricité par la création d’une Holding et de trois filiales dédiées respectivement à la production, au transport et à la distribution-vente d’énergie électrique.


Plus de soixante (60) mois après l’entrée en vigueur de cette réforme, ce délai légal est largement dépassé. Noo Lank demande donc à l’État d’expliquer les raisons de ce retard et de présenter un calendrier précis et contraignant pour la mise en œuvre effective de cette réforme structurante du secteur électrique.


Dans ce même sillage, le Collectif Noo Lank exige:
* La publication immédiate du Plan intégré à moindre coût (PIMC) ainsi que de son état d’avancement malgré son decret du 12 Août 2024;


* La présentation d’un calendrier précis, vérifiable et contraignant pour la mise en œuvre effective de la réforme institutionnelle prévue par la loi n° 2021-31, notamment la création de la holding et de ses filiales ainsi que la séparation des différentes activités du secteur de l’électricité; 


* Le réexamen du rattachement institutionnel du Fonds de soutien au secteur de l’énergie, avec son placement sous la tutelle du Ministère chargé de l’Énergie;


* La publication des informations essentielles relatives aux ressources mobilisées par le FSE et à leur utilisation, accompagnée d’un audit indépendant;


* Des explications précises sur les choix opérés dans les projets structurants du secteur énergétique et leur articulation avec les objectifs de souveraineté énergétique du Sénégal.


L’énergie est un bien vital et un levier essentiel de l’activité économique. Sa gestion ne peut souffrir ni improvisation ni opacité.


 Les Sénégalais ne demandent pas des explications a posteriori sur chaque panne mais Ils demandent plutôt une politique énergétique prévisible, transparente et durable, ainsi qu’un État qui assume pleinement ses responsabilités de planificateur et de garant du service public de l’énergie.


Noo Lank appelle les autorités à prendre la pleine mesure de la situation et à apporter aux citoyens des réponses concrètes. La crise actuelle doit être l’occasion non seulement de rétablir durablement la continuité du service, mais également de corriger les fragilités structurelles qui exposent régulièrement les ménages et l’économie nationale à de nouvelles perturbations.

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Publié par

Harouna Fall

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