KING BABA BRISE LE SILENCE COMME JAMAIS : «Ma liberté n’a jamais été, et ne sera jamais, une déclaration d’allégeance politique»
jeudi 5 février 2026 • 607 lectures • 0 commentaires
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iGFM - (Dakar) Il fait incontestablement partie des figures majeures du Hip-hop sénégalais. Impossible de parler de rap au Sénégal sans évoquer son nom. Depuis ses débuts, il s’est imposé comme l’un des artistes les plus talentueux et les plus influents de sa génération, capable de faire réfléchir, rire et vibrer la jeunesse avec ses textes et ses beats.
Véritable ambassadeur de la culture urbaine, il porte haut les couleurs d’une scène musicale en pleine effervescence et inspire des milliers de jeunes à travers le pays. Pourtant, à quelques mois des Jeux Olympiques de la Jeunesse, King Baba ne figure pas dans la programmation officielle. Une omission qui soulève interrogations : comment peut-on laisser de côté l’un des talents les plus représentatifs de la jeunesse et de la créativité sénégalaise dans un événement qui se veut vitrine du pays et de sa jeunesse ? Dans cet entretien, Baba Ndiaye se confie avec sincérité. Il revient sur sa liberté artistique, les malentendus autour de ses prises de parole, et partage sa vision d’une culture sénégalaise ouverte, inclusive et fière de ses talents.
Vous êtes dans le rap sénégalais depuis longtemps… Avec le recul sur votre carrière, comment définiriez-vous votre manière de faire du rap ?
Depuis le début de ma carrière, j’ai fait le choix d’être un artiste libre. Libre dans mes mots, libre dans mes idées, libre dans mes créations. Le rap, par essence, est un espace d’expression, de questionnement, parfois de critique, parfois d’humour, souvent de vérité. C’est la voix des sans-voix, le miroir d’une société, avec ses forces, ses failles et ses contradictions. Cette liberté n’a jamais été, et ne sera jamais, une déclaration d’allégeance politique.
Qu’entendez-vous par un artiste libre ?
Être un artiste libre, pour moi, c’est d’abord être fidèle à sa conscience. Cela signifie pouvoir écrire, créer et s’exprimer sans avoir à demander l’autorisation à un courant politique, à une idéologie ou à une quelconque autorité. Être libre, c’est accepter d’aborder les sujets qui traversent notre société, qu’ils soient sensibles ou populaires, sans calcul partisan. Cette liberté n’est pas une posture contre l’État ou contre les institutions, c’est simplement la condition même de l’art.
«Je ne suis ni l’allié d’un régime, ni l’adversaire d’un autre»
Certaines personnes vous collent quand même une étiquette politique. Que pensez-vous de cette perception ?
C’est difficile, surtout dans un contexte où tout est vite interprété à travers le prisme politique. Dès qu’un rappeur critique une situation sociale ou salue une décision publique, on lui colle une étiquette. Pourtant, le rap parle de la vie quotidienne : chômage, espoir, injustice, rêves, contradictions. Ce sont des réalités humaines avant d’être des thèmes politiques. On peut parler du pays sans appartenir à un parti. On peut aimer son pays sans défendre un régime. La nuance se perd souvent, et c’est dommage. Il m’est arrivé, par le passé, d’exprimer publiquement un accord avec certaines décisions ou orientations prises par des autorités d’hier. Non pas par militantisme, encore moins par affiliation, mais simplement parce que, sur ces points précis, ces décisions rejoignaient ma vision personnelle de l’intérêt général. À d’autres moments, comme tout rappeur engagé dans son époque, j’ai aussi questionné, critiqué, ironisé ou dénoncé certains maux sociaux. Cela fait partie de mon art, de mon rôle et de mon identité. Malheureusement, certains propos sortis de leur contexte, parfois instrumentalisés par des personnalités publiques ou utilisés dans des débats qui n’étaient pas les miens, ont contribué à me faire porter une étiquette politique qui ne me correspond pas. Aujourd’hui encore, cette perception semble me suivre, au point de créer une distance entre moi et certaines initiatives culturelles nationales auxquelles j’aurais pourtant pu contribuer en tant qu’artiste sénégalais. Je tiens donc à le dire avec clarté et respect : je ne suis affilié à aucun parti politique. Je ne suis ni l’allié d’un régime, ni l’adversaire d’un autre. Je respecte les institutions de la République sénégalaise, les dirigeants passés, présents et futurs, tout comme je respecte le droit à l’opposition et à la pluralité des opinions. Avoir des relations humaines, artistiques ou intellectuelles avec des personnes issues de divers horizons ne signifie pas une appartenance politique. La confusion entre liberté d’expression artistique et engagement partisan est, à mon sens, une erreur qui nuit autant à la culture qu’à la démocratie.
Selon vous, cette confusion est-elle propre au Sénégal ?
Je pense qu’elle existe ailleurs, mais elle est très sensible chez nous parce que la politique occupe beaucoup d’espace dans le débat public. Tout devient politique, même l’art. Or, la culture doit rester un espace de respiration, de dialogue et parfois de contradiction. Si l’artiste ne peut plus parler librement sans être suspecté d’arrière-pensées, on appauvrit la création.
Avec les Jeux Olympiques de la Jeunesse qui approchent, vous ne figurez pas parmi les artistes choisis. Comment expliquez-vous cela ?
A l’approche des JOJ, qui se tiendront pour la première fois sur le sol sénégalais, je ressens à la fois de la fierté et une forme de regret. Fierté, parce que cet événement est une opportunité historique de montrer au monde un Sénégal dynamique, créatif et ambitieux. Regret, parce que cette vitrine exceptionnelle aurait pu être l’occasion de mettre en lumière une plus grande diversité d’artistes, de sensibilités, de générations et de genres, reflétant la richesse réelle de notre scène culturelle. Je tiens à préciser, sans ambiguïté, que je ne nourris aucune jalousie envers les artistes choisis pour représenter le pays. Je félicite sincèrement ceux qui ont été retenus et leur souhaite plein succès. Ma réflexion n’est pas individuelle, elle est collective. Le Sénégal regorge de talents, confirmés comme émergents, masculins comme féminins, capables ensemble de raconter au monde une histoire plus large, plus nuancée et plus fidèle de notre identité culturelle.
«Je suis un artiste, qui souhaite servir son pays par son art, sans renoncer à sa liberté ni à sa dignité»
Quel message souhaitez-vous transmettre à vos pairs et au public sénégalais ?
Ce n’est ni une plainte, ni une demande de faveur. Ni pour revendiquer un privilège, encore moins pour régler des comptes, mais pour clarifier une position et partager une réflexion en tant qu’artiste, citoyen et fils de ce pays que j’aime profondément : le Sénégal. C’est une parole posée, sincère, émanant d’un artiste qui souhaite continuer à servir son pays par son art, dans le respect des institutions, sans renoncer à sa liberté, ni à sa dignité. Le Sénégal a toujours été plus grand quand il a su rassembler ses forces, au-delà des clivages, au-delà des interprétations, au-delà des malentendus. J’espère simplement que la culture, comme le sport, continuera d’être cet espace où l’unité, la diversité et la liberté peuvent coexister. Aux décideurs culturels, je leur dirais simplement de continuer à ouvrir les espaces, à multiplier les voix, à faire confiance à la diversité. La culture sénégalaise est riche parce qu’elle est multiple. Elle ne doit pas être réduite à quelques figures ou à une seule lecture.
MARIA DOMINICA T. DIEDHIOU
Publié par
Mame Fama GUEYE
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