Le Sénégal célèbre les 250 ans de la Révolution du Fouta : Un héritage de Lumières et de Dignité

mercredi 25 février 2026 • 81 lectures • 0 commentaires

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Le Sénégal célèbre les 250 ans de la Révolution du Fouta : Un héritage de Lumières et de Dignité

iGFM - (Dakar) À l'occasion du 250e anniversaire de la révolution théocratique du Fouta Toro, Thierno Ly, chercheur à l'Université Gaston Berger de Saint-Louis, revient sur l'exceptionnelle modernité de cet événement politique majeur du XVIIIe siècle.

Alors que l'Europe vivait son siècle des Lumières, le Fouta Toro entamait sa propre transformation radicale. Longtemps resté dans l'ombre des commémorations officielles, cet anniversaire marque la volonté de réhabiliter une révolution qui a instauré un État de droit et une société moderne bien avant les colonisations.


La chute d'une tyrannie et l'émergence des lettrés



Le contexte de 1776 au Fouta n'était pas sans rappeler celui d'autres révolutions mondiales : un régime tyrannique monopolisé par une famille, au détriment des populations. Mais la particularité de cette région résidait dans sa forte concentration d'hommes lettrés. Ces intellectuels engagés ont décidé de renverser l'ordre social hiérarchisé pour instaurer l'Almamiyat.


Trois facteurs ont précipité ce basculement : L'insécurité chronique : Les agressions des voisins maures, qui imposaient des tributs représentant parfois la moitié des récoltes. L'oppression religieuse : L'impossibilité de pratiquer l'islam sereinement, notamment la prière en communauté et la récitation publique du Coran. La menace extérieure : Les mauvais traitements infligés par les Européens basés à Saint-Louis et l'essor de la traite négrière.


Un État moderne fondé sur l'humanisme



Loin d'être de simples théoriciens, les révolutionnaires du Fouta ont été des "praticiens de la démocratie". Durant sept ans, ils ont parcouru le pays pour convaincre les notables et l'armée de la nécessité du changement.


L'Almamiyat qui en a résulté plaçait la dignité humaine au centre de tout. Selon Thierno Ly, ces ancêtres ont incarné un "humanisme islamique" exemplaire : ils n'étaient ni esclavagistes, ni colonisateurs, et n'ont pas eu recours à la guillotine pour asseoir leur pouvoir.


Des symboles gravés dans la pierre



Pour marquer ce jubilé, deux monuments symboliques ont été érigés : Une tablette géante (Alloual) : Haute de 2,40 m et pesant 5 tonnes, elle reproduit la forme du support traditionnel du savoir dans les écoles coraniques. On y a gravé les recommandations de Thierno Souleymane Baal sur les critères d'accès au pouvoir. Un livre ouvert : Il immortalise la lettre d'El Hadj Abdoul qui interdisait l'esclavage dans la région, adressée à l'époque aux représentants de la France à Saint-Louis.


Les leçons de Thierno Souleymane Baal



Le message de Thierno Souleymane Baal, leader de cette révolution, demeure d'une actualité brûlante. Pour lui, le pouvoir ne doit être ni hérité, ni conquis par la force ou la richesse, mais doit reposer exclusivement sur la confiance du peuple.


Les critères pour diriger le Fouta étaient stricts : compétence, vertu et désintéressement des biens matériels. Le chef était également placé sous la surveillance des Diagordés, représentants des provinces, garantissant ainsi un équilibre des pouvoirs.


Bien que son œuvre reste encore trop peu connue à l'échelle du continent, cette célébration rappelle que le Sénégal a porté, dès le XVIIIe siècle, des actes fondateurs pour la dignité et la liberté humaine.

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Publié par

Harouna Fall

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