LFR 2026 : un non historique, un ultimatum populaire

mardi 3 novembre 2026 • 359 lectures • 2 commentaires

Actualité 1 heure Taille

LFR 2026 : un non historique, un ultimatum populaire

iGFM - (Dakar) Mardi 3 novembre 2026, l'Assemblée nationale du Sénégal a rejeté, en séance plénière, le projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026. Sur 165 députés inscrits, 132 ont voté la question préalable : 109 voix pour, 20 contre, 3 abstentions.

L'hémicycle n'a même pas jugé utile de débattre du texte du gouvernement. C'est une première dans l'histoire politique de notre pays. Et je le dis sans détour : ce rejet n'est pas une crise institutionnelle, il est la délivrance d'un peuple qui refuse de payer, seul, les faillites de ceux qui le gouvernent.
Trois fois en dix jours, la représentation nationale a dit non.


 Le 23 octobre en commission, le 30 octobre en commission à nouveau, et ce 3 novembre en plénière. Trois fois, le gouvernement a choisi le mépris plutôt que l'écoute. Il a refusé de transmettre des documents essentiels, de rendre compte de la dette, d'encadrer les fonds spéciaux, de préserver la santé, l'éducation, la formation professionnelle, l'hydraulique, les investissements publics.


Trois fois, il a répondu par des silences, des arguties et des menaces voilées. Alors qu'on ne vienne pas nous parler de « blocage » : le blocage, c'est un pouvoir qui verrouille les comptes de la République et exige du peuple qu'il applaudisse.



Un budget de la survie des puissants, pas de la survie du peuple


Rappelons les chiffres que ce pouvoir voudrait enterrer avec son budget : une dette publique estimée à 132 % du PIB fin 2024, un déficit projeté à 7,6 %, un pays à genoux devant le FMI pour un programme de 2,2 milliards de dollars. Pendant que l'État négocie à Washington la survie de sa trésorerie, qui négocie la survie des ménages sénégalais ? Qui négocie celle de la mère qui ne peut plus payer le riz, de l'étudiant dont la bourse n'arrive pas, de l'artisan étranglé par le coût de l'électricité, du malade à qui on demande une ordonnance avant de le soigner ?


Personne. Voilà la vérité. Ce budget disait aux Sénégalais : payez, souffrez, taisez-vous — les créanciers passent avant vous. L'Assemblée nationale vient de répondre à leur place : non. Et le NADEMS salue ce non comme un acte de résistance civique.


Le président doit prendre sa responsabilité — ou l'expliquer au peuple


Le ministre de l'Économie et des Finances l'a annoncé sans fard : le président de la République « prendra les dispositions qu'il faut pour que les dispositions importantes du PLFR soient exécutées ». Autrement dit : passer outre. Gouverner contre le Parlement, contre les députés élus, contre le verdict des urnes, par la fenêtre de l'article 86 ou par décret.


Moi, Samba Kara Ndiaye, président du NADEMS, je le déclare ici solennellement : ce serait une faute politique grave et, au fond, une faute morale. Un texte rejeté trois fois ne peut pas être exécuté par contumace démocratique. Chaque contournement du vote des représentants du peuple est une brèche dans le contrat républicain — et le peuple, qui a déjà renversé des condominiums de l'arrogance en 2024, sait reconnaître une brèche quand il en voit une.


La responsabilité présidentielle, ce n'est pas passer outre. C'est d'abord assumer la transparence totale : publication immédiate des rapports d'audit sur la dette, justification des 120 milliards du CERP, encadrement effectif des fonds spéciaux. Un peuple qui doit se serrer la ceinture a le droit de lire tous les comptes.


C'est ensuite inverser le fardeau : que l'ajustement frappe d'abord le train de vie de l'État, le secteur parapublic, les gaspillages et les privilèges — pas les subventions, pas le pouvoir d'achat, pas les services publics. C'est enfin respecter l'Assemblée ou en appeler au peuple : si le pouvoir estime que cette majorité le trahit, qu'il dissolve et aille chercher un verdict. La Constitution offre cette voie. Le contournement n'est pas une voie : c'est une fuite.
Si le pouvoir ne prend pas sa responsabilité, le peuple souverain la prendra


Je ne tourne pas autour du pot, c'est pourquoi mes compatriotes m'entendent. Le peuple sénégalais n'est pas un variable d'ajustement. Il n'est pas cette masse silencieuse qu'on somme d'absorber chaque crise que produisent les calculs de cabinet. Le peuple sénégalais est souverain — le mot est dans notre Constitution et dans notre histoire, et il n'y est pas pour décorer.


Si le président choisit l'exécution sans vote, le décret, le mépris du « non » parlementaire, alors il faut le dire clairement : il aura lui-même convoqué le peuple hors des institutions. Et le peuple viendra. Pacifiquement — car notre force a toujours été la discipline des foules dignes — mais massivement, inlassablement, dans les rues de Dakar, de Thiès, de Saint-Louis, de Ziguinchor, de Kaolack, jusqu'à dans les plus petits villages de la Téranga. Pas pour une partie de campagnes électorales, mais pour sa survie : la survie des bourses familiales, des salaires, des hôpitaux, des écoles, des tarifs de l'électricité.


L'histoire de ce pays enseigne une chose : chaque fois qu'un pouvoir a cru pouvoir gouverner contre son peuple, le peuple a eu le dernier mot. Il l'aura encore.
Notre appel


Le NADEMS lance trois appels.


Au président de la République : ne signez pas l'acte d'accusation de votre propre isolement. Revenez devant la nation, expliquez, négociez, transparence totale. C'est encore possible. La porte du dialogue ne sera jamais fermée par le peuple — elle le sera par vous si vous forcez cette loi.


À l'Assemblée nationale et à la majorité parlementaire : votre « non » n'aura de sens que s'il devient une offre. Proposez, chiffrez, portez un budget alternatif qui protège le peuple et honore nos engagements. Refuser est un pouvoir ; gouverner est une responsabilité.


Au peuple sénégalais : organisez-vous, restez vigilants, informez-vous, unissez-vous au-delà des partis. La survie du pays ne se délègue pas. Chaque Sénégalaise, chaque Sénégalais est, à partir de ce 3 novembre, un soldat de la veille démocratique — dans la légalité, dans la dignité, dans la détermination.


Le Sénégal ne tombera pas dans la dérive du pouvoir solitaire. Pas en 2026. Pas sans le peuple.
Vive le Sénégal souverain. Vive la République.



Par Samba Kara NDIAYE, Président du NADEMS — Nouvelle Alliance Démocratique du Sénégal

Cet article a été ouvert 359 fois.

Publié par

Harouna Fall

editor

2 Commentaires

Je m'appelle

Téléchargez notre application sur iOS et Android

Contactez-nous !

Service commercial