Mauritanie: Le président Ghazouani remanie sous pression, Salem Ould Merzoug et N’Guenore Codioro confortés
dimanche 11 octobre 2026 • 89 lectures • 0 commentaires
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iGFM - (Dakar) Après le rapport accablant sur les incendies des installations électriques de Nouakchott, le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a reconduit son Premier ministre tout en reliftant profondément son équipe.
La diplomatie et les finances restent entre des mains éprouvées, tandis que plusieurs figures de l’appareil sécuritaire et des secteurs exposés à la crise quittent le gouvernement. Le départ du général Hanana Ould Sidi, réputé proche du chef de l’État, constitue l’une des principales énigmes de ce remaniement. Analyse et Enjeux
La Mauritanie a vécu un changement gouvernemental à marche forcée. Vendredi 9 octobre 2026, El Moctar Ould Djay présentait la démission de son gouvernement, au lendemain de la publication des conclusions de la commission d’enquête sur les incendies survenus en août dans deux postes électriques de la SOMELEC, la Société mauritanienne d’électricité. Le lendemain, samedi 10 octobre, la nouvelle équipe était annoncée après la reconduction du Premier ministre par le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.
Au-delà de la rapidité de la séquence, la composition du nouvel exécutif révèle un choix politique précis : renouveler largement les responsables ministériels sans toucher aux principaux piliers de l’architecture présidentielle. L’opération ressemble ainsi à une purge sélective, destinée à répondre à la pression provoquée par le scandale électrique tout en préservant la continuité du pouvoir.
La nouvelle équipe gouvernementale se compose d’environ 29 membres. Ce remaniement s’articule autour d’un équilibre stratégique entre continuité et renouvellement : une dizaine de ministres conservent leurs fonctions, tandis qu’une dizaine de départs sont enregistrés à la suite des récents arbitrages sectoriels. Ce redéploiement voit l’arrivée de nouvelles figures ainsi qu’un élargissement politique avec l’intégration de partis de la majorité tels qu’El Islah et l’Alliance nationale démocratique. Complété par une mobilité interne sur plusieurs portefeuilles clés, cet exécutif révisé cherche à insuffler une nouvelle dynamique au projet présidentiel tout en consolidant la cohésion de sa coalition.
La reconduction immédiate d’El Moctar Ould Djay montre que la sanction ne remet pas en cause la direction politique de l’exécutif. Le président Ghazouani choisit de modifier les équipes sans changer de capitaine.
Mohamed Salem Ould Merzoug, l’homme de la continuité de l’offensive diplomatique
Dans ce vaste mouvement de chaises ministérielles, le maintien de Mohamed Salem Ould Merzoug aux Affaires Étrangères, à la Coopération africaine et aux Mauritaniens de l’Extérieur est particulièrement révélateur. Il est le visage le plus emblématique de la continuité gouvernementale sous Ghazouani. Sa longévité au sommet de la diplomatie mauritanienne traduit une relation de confiance avec le chef de l’État, mais aussi la volonté de préserver une ligne extérieure dont les équilibres dépassent les contingences d’un remaniement.
La Mauritanie évolue dans un environnement régional complexe, marqué par les recompositions sahéliennes, les tensions entre plusieurs capitales de la région et les transformations des partenariats sécuritaires et économiques. À ces enjeux s’ajoutent les relations avec le Maghreb, l’Union africaine, l’Europe, les pays du Golfe et les grandes puissances. Dans ce contexte, changer de chef de la diplomatie aurait pu introduire une période d’adaptation au moment où Nouakchott entend défendre ses intérêts, consolider ses partenariats et maintenir son positionnement régional.
Mohamed Salem Ould Merzoug apparaît ainsi comme un élément de stabilité dans une séquence politique sensible et délicate
Sa reconduction signifie que la crise de la SOMELEC, aussi sérieuse soit-elle, ne doit pas brouiller la lisibilité internationale de la Mauritanie. Le président Mohamed Ould Cheikh El-Ghazouani renouvelle les responsables de secteurs fragilisés, mais conserve celui qui porte sa parole sur la scène internationale.
Cette fidélité au poste ne dispense évidemment pas la diplomatie d’un bilan. Elle lui confère toutefois un avantage précieux : la continuité des interlocuteurs, des dossiers et des engagements dans une période où la crédibilité internationale se construit aussi par la constance.
Codioro Moussa N’Guenore, retour aux affaires de la force tranquille des finances
Autre figure qui signe son retour dans l’attelage gouvernemental avec en prime la gestion d’un portefeuille stratégique que celui des Finances est le Dr Codioro Moussa N’Guenore. Son retour renforcé dans un gouvernement profondément remanié constitue un signal politique et économique important. Discret dans son expression publique, le ministre Codioro Moussa s’affirme progressivement comme un technocrate sur lequel l’exécutif entend s’appuyer pour préserver la discipline budgétaire. Début août 2024, il avait été promu Ministre délégué auprès du Ministre de l’Économie et des Finances en charge du Budget, avant de faire un « break ».
Sa reconduction, alors que la crise de la SOMELEC soulève des questions sur les contrats, les travaux et les paiements publics, prend une dimension particulière.
La gestion des conséquences du scandale nécessitera en effet des arbitrages financiers délicats. Il faudra concilier la remise en état des infrastructures, la sécurisation du réseau électrique, les éventuelles suspensions de paiements contestés et la continuité du service public. Dans le même temps, le gouvernement devra donner corps aux engagements annoncés en matière de protection sociale, d’emploi des jeunes et de développement des régions de l’intérieur.
Le ministre des Finances se retrouve donc au cœur d’un exercice d’équilibre
Sa nomination va à l’épreuve de soutenir les dépenses prioritaires sans fragiliser les équilibres budgétaires, tout en garantissant la traçabilité des engagements de l’État. C’est là que réside sa force. Dans un exécutif renouvelé, N’Guenore incarne la permanence de l’appareil financier et la recherche d’une gestion prévisible. Son retour aux affaires peut être interprété comme un témoignage de confiance présidentielle, mais également comme une attente accrue en matière de contrôle des dépenses et de rigueur dans l’exécution budgétaire.
La «force tranquille» du gouvernement pourrait ainsi devenir l’un de ses principaux points d’appui. À condition que la continuité administrative se traduise par des résultats tangibles et une capacité renforcée à prévenir les dérives.
Le départ du général Hanana Ould Sidi, une énigme politique
La sortie du général Hanana Ould Sidi du ministère de la Défense constitue l’un des faits marquants du remaniement. Réputé proche de Mohamed Ould Cheikh El-Ghazouani et considéré comme un acteur important de l’appareil sécuritaire, il semblait disposer d’atouts solides pour conserver son portefeuille. Son remplacement par Ba Ousmane soulève donc une question centrale : pourquoi écarter un responsable réputé proche du président au moment même où celui-ci reconduit son Premier ministre et préserve plusieurs de ses collaborateurs les plus fidèles ?
À ce stade, aucune explication publique ne permet d’établir avec certitude les motivations du chef de l’État. Une première lecture serait celle d’un rééquilibrage interne. Dans les systèmes présidentiels où les questions sécuritaires occupent une place importante, la proximité avec le chef de l’État n’exclut pas les changements de fonction. Elle peut même faciliter une réorganisation décidée au sommet, sans qu’il soit nécessaire d’y voir une rupture personnelle. Une deuxième hypothèse renvoie à la volonté de renouveler les équipes et de redistribuer les responsabilités au sein de l’appareil d’État. Après une crise ayant révélé des failles dans la protection d’infrastructures stratégiques, le président peut vouloir donner un nouveau visage à la chaîne de responsabilité gouvernementale.
La question demeure entière : s’agit-il d’une simple rotation ministérielle, d’un réajustement des équilibres internes ou d’une décision politique dont les ressorts ne sont pas encore publics ? En l’absence d’explications officielles, toute conclusion définitive serait prématurée. Ce qui est certain, en revanche, c’est que ce départ rappelle qu’aucune proximité présumée avec le président ne garantit l’inamovibilité. Dans le même temps, le maintien de figures centrales comme Salem Ould Merzoug et Codioro Moussa N’Guenore confirme que le remaniement ne procède pas d’un renouvellement uniforme.
Énergie, Intérieur, Mines : les secteurs sous pression
Le renouvellement du gouvernement touche également des postes directement exposés aux enjeux de la crise. À l’Énergie et au Pétrole, Mohamed Ould Abdel Vetah fait son retour. Ancien ministre et haut-commissaire de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) d’alors, il hérite d’un dossier particulièrement sensible. Sa connaissance des rouages de l’administration et des questions d’infrastructures pourrait constituer un atout, mais elle ne suffira pas à elle seule. Le véritable test sera sa capacité à rétablir la confiance autour de la SOMELEC, à faire appliquer les recommandations pertinentes du rapport d’enquête et à renforcer les mécanismes de contrôle. La transparence sur les marchés concernés, la clarification des responsabilités et la sécurisation du réseau seront déterminantes.
Au ministère de l’Intérieur, les lignes bougent. L’arrivée d’El Mokhtar Ould Ahmed Bouceif marque également un changement important. La sécurité intérieure, l’administration territoriale et la gestion des équilibres politiques font de ce portefeuille un rouage essentiel du dispositif présidentiel.
Aucun changement n’a été constaté au niveau des secteurs des Mines, de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur. Seul le portefeuille de l’Agriculture a changé de titulaire. Sans doute, un souci impérieux de mieux gérer l’écosystème agricole.
Mais le nombre de nouveaux visages ne constitue pas, exclusivement une réforme. Mais le président GHAZOUANI cherche plutôt de l’efficacité avec cette équipe qui se mesurera à sa capacité à transformer les nominations en décisions, les annonces en réalisations et les responsabilités ministérielles en obligations de résultats.
Par Chérif Ismael AÏDARA (Confidentiel Afrique)
Publié par
Harouna Fall
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