Mission européenne du MUCTAT : deux ans de structuration pour accélérer l’investissement et la transformation des territoires

dimanche 20 septembre 2026 • 106 lectures • 1 commentaires

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Mission européenne du MUCTAT : deux ans de structuration pour accélérer l’investissement et la transformation des territoires

iGFM - (Dakar) De Milan à Paris, en passant par Lille, le Sénégal consolide ses partenariats internationaux autour du logement, des villes nouvelles, des pôles territoriaux et du renouvellement urbain.

Depuis deux ans, le Ministère de l’Urbanisme, de la Construction, des Territoires et de l’Aménagement travaille à la structuration d’un nouveau modèle de financement et d’investissement dans le secteur urbain et immobilier, fondé sur la mobilisation du foncier, l’attraction des investissements directs étrangers, le développement de partenariats avec le secteur privé et la transformation des territoires. Cette dynamique connaît aujourd’hui une nouvelle accélération avec la mission européenne conduite du 9 au 15 septembre 2026 en Italie et en France par le Ministre Moussa Bala Fofana.


De Milan à Villeneuve-d’Ascq, puis à Paris, la délégation sénégalaise a rencontré investisseurs, groupes industriels, entreprises de construction, experts techniques, partenaires financiers, chercheurs et représentants de la diaspora. L’objectif est de mobiliser des capitaux, des compétences et des technologies internationales pour accompagner les grands chantiers du Sénégal dans les domaines du logement, des villes nouvelles, des pôles territoriaux, de la restructuration urbaine et du renouvellement de Dakar.


Une stratégie construite sur deux années de travail


Cette mission européenne s’inscrit dans une démarche engagée depuis deux ans pour créer les conditions d’une intervention accrue des investisseurs privés dans le secteur urbain et immobilier. Le ministère travaille notamment à la structuration d’un véhicule d’investissement immobilier dédié à la restructuration urbaine, au renouveau urbain et au financement du logement accessible, avec l’ambition de mobiliser davantage d’investissements directs étrangers et de soutenir durablement le secteur du BTP.


Cette orientation repose sur une approche qui associe mobilisation du foncier, sécurisation des projets, ingénierie financière, partenariats public-privé et implication des opérateurs privés. L’objectif est de créer un environnement permettant aux investisseurs nationaux et internationaux de participer aux grands projets de transformation urbaine et territoriale.


Milan : une convention d’investissement de 3,5 milliards d’euros


Le premier temps fort de la mission s’est déroulé à Milan avec la signature d’une convention d’investissement entre le MUCTAT, le Groupe IDA International et la Fondation THESAN, portant sur 3,5 milliards d’euros sur sept ans. Un premier projet pilote de 50 millions d’euros doit être activé immédiatement.


Cette enveloppe représente environ 2 300 milliards de FCFA et constitue une perspective majeure de mobilisation de ressources en faveur des projets urbains et territoriaux. La structuration financière repose notamment sur des mécanismes de traçabilité des fonds et sur des garanties institutionnelles destinées à sécuriser les investissements.


 


La séquence italienne a également permis d’élargir le cercle des partenaires potentiels. Des entreprises siciliennes spécialisées dans la construction et les matériaux ont manifesté leur intérêt pour le marché sénégalais, notamment dans l’investissement, la construction, la fourniture de matériaux et la formation de personnels locaux.


D’autres perspectives ont été ouvertes dans l’immobilier, la recherche scientifique, le transport et la digitalisation du foncier et de la fiscalité. La mission italienne aura ainsi permis de poser les bases d’un réseau diversifié de partenaires autour des projets du ministère.


Une offre foncière et territoriale pour attirer les investisseurs
Pour accompagner cette dynamique, le Sénégal met en avant une offre territoriale reposant notamment sur le foncier, les infrastructures, le logement, le numérique et les avantages accordés aux investisseurs.


Quelque 35 000 hectares sont ainsi mobilisés, avec 15 000 hectares destinés aux zones industrielles et 20 000 hectares à l’habitat, tandis que l’État prévoit une modèle de préfinancement des VRDs dans le schéma proposé aux partenaires.


Cette offre s’accompagne d’une plateforme numérique dédiée à l’accès au logement, qui compte déjà plus de 300 000 demandeurs. Son lancement officiel est prévu en octobre, à l’occasion du forum SENHABITAT.


L’enjeu est de rapprocher l’offre et la demande, de fluidifier l’accès au logement et de créer un cadre plus lisible pour les opérateurs et les ménages.


Huit pôles territoires et une diaspora connectée
La stratégie d’attraction des investissements s’appuie également sur les huit pôles territoires de développement. Ils doivent permettre d’organiser l’investissement autour des potentialités économiques propres à chaque territoire et de renforcer la création de valeur en dehors de Dakar.


Le riz en Casamance, le sel à Kaolack, l’agro-industrie à Diamniadio et l’élevage à Matam figurent notamment parmi les filières mises en avant. À cette architecture territoriale s’ajoute la perspective d’un neuvième pôle virtuel dédié à la diaspora, afin de permettre aux Sénégalais établis à l’étranger de contribuer aux dynamiques de développement des territoires.


Cette approche traduit une volonté de faire des territoires des espaces de production, d’investissement, d’emploi et de création de valeur.


Lille : Auchan ouvre une nouvelle perspective de partenariat
Le 14 septembre, la délégation sénégalaise s’est rendue au siège du Groupe Auchan à Villeneuve-d’Ascq pour échanger avec sa direction ainsi qu’avec les équipes de NHood et Projex.


 


Les discussions ont porté sur la rénovation urbaine, la restructuration des zones périphériques, le développement des villes nouvelles et les projets urbains mixtes. Le déficit de logements constitue, dans cette perspective, un important potentiel de développement immobilier et urbain.


À l’issue des échanges, une équipe de NHood et Projex doit se rendre au Sénégal pour évaluer les opportunités et identifier les sites prioritaires. Une convention de partenariat pourra ensuite être formalisée. La délégation sénégalaise a également été invitée à participer à la rencontre internationale des investisseurs de Cannes en mars 2027.


Paris : Thiès au cœur de la nouvelle politique urbaine
La dernière étape de la mission, à Paris, a été consacrée notamment au projet d’écoquartier de Thiès. Autour du Groupe Alpha, de Build Africa, de Manergy et du groupement NGE-TSO-SADE, les échanges ont porté sur le montage technique, financier et opérationnel du projet.


L’écoquartier couvre une zone urbaine globale de 1 600 hectares et prévoit une première phase de 2 000 logements. L’ambition est de développer un quartier intégré associant habitat, infrastructures, mobilité, énergie, gestion de l’eau, espaces verts et activités économiques.


L’objectif est également de favoriser la mixité sociale et de rompre avec le modèle de la ville-dortoir en rapprochant les lieux d’habitation, les équipements, les services et les activités.


Le mortier « Teranga » et l’innovation au service de la ville
L’une des innovations mises en avant concerne l’utilisation du mortier local « Teranga », (à base de silexite et de phosphogypse) dont le recours est présenté comme susceptible de réduire de 75 % les coûts de voirie et réseaux divers.


Le projet prévoit également un réseau de froid urbain combinant chaleur fatale industrielle et énergie solaire photovoltaïque. La gestion de l’eau repose sur la valorisation des eaux usées traitées pour les espaces verts, le maraîchage et la pisciculture.


Ces solutions doivent contribuer à faire de Thiès un démonstrateur d’une nouvelle génération de quartiers intégrant performance économique, innovation technique et transition écologique.


Aéroport-Thiès : l’infrastructure au service de la nouvelle ville
Le développement de la nouvelle ville est également pensé en articulation avec les infrastructures de mobilité. NGE-TSO-SADE est mobilisé autour de l’eau, des VRD et du génie civil, tandis que la liaison ferroviaire Aéroport-Thiès est intégrée à la réflexion sur le développement de la nouvelle ville.


Cette approche vise à connecter les zones d’habitat, les pôles d’activités et les grandes infrastructures afin de favoriser une organisation urbaine plus cohérente.


Dakar : vers une nouvelle génération de renouvellement urbain


À Paris, les discussions ont également porté sur la transformation de Dakar. Le MUCTAT entend développer une stratégie combinant dédensification, renaturation, restructuration urbaine et reconstruction des zones dégradées.


La presqu’île dakaroise, fortement minéralisée, doit ainsi retrouver davantage d’espaces de respiration à travers la création de squares, promenades, espaces de jeux et espaces verts. Cette orientation doit également contribuer à lutter contre les effets d’îlot de chaleur.


La stratégie concerne également les bâtiments menaçant ruine et les opérations de renouvellement urbain dans plusieurs quartiers de la capitale et de sa périphérie.


Colobane : le « bâtiment suspendu » comme laboratoire urbain


Le projet pilote de restructuration de Colobane illustre cette nouvelle approche du renouvellement urbain. Le concept du « bâtiment suspendu » consiste à construire au-dessus de la voirie afin de libérer le niveau du sol pour les flux de circulation. Les niveaux supérieurs seraient consacrés à des espaces commerciaux structurés et à des équipements sociaux et communautaires.


L’ambition est de réorganiser le commerce, de libérer l’espace public et d’améliorer simultanément la mobilité et le cadre urbain.


Un modèle financier fondé sur le dérisquage
La réussite de ces projets dépend désormais de la capacité à transformer les engagements en financements effectivement mobilisés.


Pour l’écoquartier de Thiès, le dispositif prévoit un préfinancement des VRD compris entre 50 et 100 milliards de FCFA, selon un mécanisme fondé notamment sur le principe « acquéreur-payeur ». Les coûts d’aménagement doivent ainsi être progressivement récupérés à travers les ventes et les opérations en VEFA. Des démarches sont également engagées auprès de l’AFD et de la Banque mondiale pour explorer les possibilités de financement liées à la transition écologique et climatique.


Le SPV pour sécuriser les investissements


Dans cette architecture, la création d’un Special Purpose Vehicle (SPV) doit permettre de regrouper le foncier et les actifs des villes nouvelles dans un véhicule de projet dédié.


Ce mécanisme doit contribuer à renforcer la transparence, à sécuriser les actifs et à faciliter la mobilisation des investisseurs et partenaires financiers.


Janvier 2027 : le passage à l’exécution
Le calendrier est désormais resserré. La sélection du partenaire financier chargé du préfinancement des VRD est prévue entre septembre et octobre 2026. La finalisation du montage institutionnel et financier est attendue avant la fin décembre, tandis que le démarrage de la première phase de l’écoquartier de Thiès est programmé pour janvier 2027.


Après deux années consacrées à la structuration des mécanismes d’investissement et à la préparation des projets, cette échéance marque le passage attendu de la conception à la réalisation.


De la diplomatie économique à la transformation des territoires


De Milan à Lille, puis à Paris, la mission européenne aura permis de consolider plusieurs axes majeurs de la stratégie urbaine et territoriale du Sénégal. À Milan, une convention d’investissement annoncée à 3,5 milliards d’euros sur sept ans a été signée avec IDA International et la Fondation THESAN. À Lille, les échanges avec Auchan, NHood et Projex ont ouvert une perspective de coopération dans l’aménagement urbain. À Paris, le projet de Thiès a franchi une nouvelle étape dans sa structuration technique et financière, tandis que les réflexions sur Dakar ont permis de préciser les orientations en matière de renouvellement urbain.


Cette mission s’inscrit dans une trajectoire engagée depuis deux ans et désormais orientée vers la concrétisation. Avec un objectif global de 110 000 logements, le MUCTAT entend poursuivre la mobilisation des investisseurs et des industriels en Europe, aux États-Unis et en Chine.


L’enjeu est désormais de transformer les partenariats en projets, les engagements en financements et les plans en réalisations concrètes sur le terrain.


« Cap sur l’exécution opérationnelle », a déclaré le Ministre Moussa Bala Fofana à la clôture de la mission.


 

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Publié par

Harouna Fall

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