Sénégal : le taux d’accès à l’eau potable est-il de 96% en milieu rural ?

mercredi 21 octobre 2026 • 58 lectures • 0 commentaires

Blog 42 mins Taille

 Sénégal : le taux d’accès à l’eau potable est-il de 96% en milieu rural ?

iGFM - (Dakar) FAIT : À la suite de déclarations officielles faisant état d’un taux d’accès à l’eau potable de plus de 96% en milieu rural au Sénégal, des interprétations suggèrent que la quasi-totalité des populations rurales dispose d’une eau de qualité, disponible en permanence et accessible sans contrainte.

 


VERDICT : FAUX. Le chiffre de 96 % mesure uniquement l’accès à une source d’eau améliorée (infrastructures existantes). Il ne garantit pas que l’eau soit potable, exempte de contamination, disponible en continu ou financièrement abordable pour les ménages.



TEXTE


En juillet 2026, des déclarations du ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, Cheikh Tidiane Dièye, ont fait état d’un taux d’accès à l’eau potable atteignant 96,9% en milieu rural. Si cette statistique traduit une progression importante des infrastructures sous l’impulsion de l’Office des forages ruraux (OFOR), elle ne traduit pas la réalité du service rendu sur le terrain.


En réalité, ces chiffres officiels s’appuient sur la méthodologie des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), qui comptabilise le pourcentage de personnes habitant dans une localité dotée d’un point d’eau moderne. Ce calcul ne prend pas en considération les pannes récurrentes, la vétusté des réseaux (un tiers des 2 600 forages est vieux de plus de 50 ans), la baisse de pression ou encore le coût élevé pour les ménages vulnérables.


Dans ce contexte, Babacar Gueye, un expert en wash intégrée (Eau, Assainissement et Hygiène) que nous avons interrogé estime que le taux de 96 % annoncé pour l’accès à l’eau en milieu rural doit être relativisé, car il ne reflète pas un approvisionnement idéal. Cette nuance est d’ailleurs confirmée par le directeur de l’Office des forages ruraux, Serigne Mbacké Dieng, qui précise que les taux d’accès sécurisé intègrent la continuité, la disponibilité et la qualité de l’eau. Ce dernier cite notamment le cas de la cité religieuse de Touba, deuxième plus  grande agglomération du pays, ainsi que celui de la région de Kaolack où l’eau est saumâtre. Ces deux villes sont pourtant toutes deux comptabilisées comme ayant accès à l’eau. Il annonce aussi des réformes prochaines dans les documents officiels pour une meilleure lecture des indicateurs.


VÉRIFICATION


Les données du programme commun OMS/UNICEF (JMP 2025) et les précisions des experts du secteur permettent de faire la distinction entre l’accès à une infrastructure et la qualité réelle du service :


Un service « géré en toute sécurité » encore faible : Selon l’UNICEF, si 88 % de la population globale a accès à une source améliorée, seulement
13 % de la population rurale bénéficie d’un service d’eau réellement géré en toute sécurité (eau disponible à domicile, en continu et sans contamination). La grande majorité (68 %) dispose uniquement d’un « service de base ».


Le problème majeur de la qualité et de la continuité : Le calcul du taux global de 96 % ignore la qualité physico-chimique de l’eau et sa disponibilité temporelle. Comme le soulignent les responsables de l’OFOR, un usager n’ayant de l’eau que deux heures par jour (entre 3h et 5h du matin) ou consommant une eau à forte salinité (notamment dans les régions de Diourbel, Kaolack, Kaffrine et Fatick, ou à Touba) est tout de même comptabilisé comme ayant « accès à l’eau ».
Évolution des indicateurs : Prise de conscience faite, le ministère de l’Hydraulique a décidé d’intégrer dans sa nouvelle Lettre de politique sectorielle un indicateur d’accès sécurisé, aligné sur l’ODD 6 des Nations unies pour mesurer la qualité chimique, bactériologique et la continuité du service.


CONCLUSION


Le taux de 96% reflète les efforts d’investissements et la couverture en infrastructures hydrauliques réalisées par l’État du Sénégal. Cependant, ce chiffre ne signifie pas que 96% des ruraux ont accès à une eau potable de qualité, disponible en tout temps et à un coût abordable. Le véritable défi du secteur réside désormais dans la transition vers un accès sécurisé et la modernisation des ouvrages existants.


Fatou NDIAYE


Cet article a été réalisé dans le cadre de la bourse de 6 mois du projet SAIL+ du Centre for Journalism Innovation and Development (CJID) 

Cet article a été ouvert 58 fois.

Publié par

Harouna Fall

editor

Soyez le premier à commenter

Je m'appelle

Téléchargez notre application sur iOS et Android

Contactez-nous !

Service commercial