Le luxe des députés, la pauvreté du peuple

jeudi 8 janvier 2026 • 268 lectures • 5 commentaires

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Le luxe des députés, la pauvreté du peuple

iGFM - (Dakar) Pendant que le Sénégal serre la ceinture, ses députés, eux, desserrent la climatisation de leurs 4x4 flambant neufs. Voilà le visage réel de la majorité présidentielle : un pouvoir qui prêche l’austérité au peuple et pratique l’opulence pour lui-même.

La dotation de véhicules estimés à environ 54 millions de FCFA par député n’est ni un détail administratif, ni un débat technique. C’est un scandale politique et moral, dans un pays frappé par la cherté de la vie, le chômage massif et des finances publiques exsangues et sous tension permanente.


Le député Thierno Alassane Sall a eu le courage de dire ce que la majorité refuse d’assumer : ce choix est indécent. Et c’est précisément pour cela qu’il dérange.


Comparaison internationale : quand l’indécence devient grotesque


Regardons les chiffres. Froidement. Brutalement. Ils sont têtus.


La France, puissance économique mondiale :


PIB annuel : environ 3 000 milliards de dollars, soit 1 700 000 milliards de FCFA
PIB par habitant : 48 000 dollars, soit près de 27 millions de FCFA par an
Pays classé parmi les 30 économies les plus riches du monde
 


Le Sénégal, pays en développement :


PIB annuel : environ 35 milliards de dollars, soit 21 000 milliards de FCFA
PIB par habitant : environ 1 700 dollars, soit à peine 1 million de FCFA par an
Classement mondial : au-delà du 150ᵉ rang
 


Et dans ce contexte, un député sénégalais se voit attribuer un véhicule qui coûte plus de 50 fois le revenu annuel moyen d’un citoyen.


Oui, plus de cinquante années de revenu pour une seule voiture.


C’est simple à comprendre :
Dans un pays pauvre, les élus roulent comme dans un pays riche.
Le peuple, lui, se déplace ne charrette tractée.


Le Président de l’Assemblée nationale se retranche derrière des “procédures respectées”.
Le Premier ministre esquive.
Le Président de la République se tait.


Mais la légalité ne remplace jamais la légitimité.
On peut signer des marchés publics et trahir l’esprit républicain.


Dans un pays où :


des hôpitaux manquent d’équipements,
des écoles manquent de tables,
des familles manquent de repas,
des jeunes manquent d’avenir,
 


choisir d’investir des centaines de millions de FCFA dans des voitures pour députés relève non pas de la gouvernance, mais de l’arrogance institutionnelle.


On ne peut pas demander aux Sénégalais :


d’accepter la hausse des prix,
de supporter la pression fiscale,
de patienter face au chômage,
 


tout en offrant des véhicules de luxe à ceux qui votent les lois.


Ce n’est pas de la gouvernance. C’est de la prédation institutionnelle.


Ce débat n’est pas technique, il est moral 


La question n’est pas de savoir si un député a besoin d’un moyen de déplacement.
La vraie question est celle-ci :


Pourquoi le confort d’une minorité passe-t-il avant la survie de la majorité ?
Pourquoi demander des sacrifices au peuple tout en sanctuarisant les privilèges du pouvoir ?


Cette voiture n’est pas un outil de travail.
C’est un symbole : celui d’un pouvoir déconnecté, qui a perdu le sens des priorités et confond mandat public et récompense personnelle.


Une ligne de fracture claire


Aujourd’hui, deux visions du Sénégal s’opposent.


D’un côté, ceux qui pensent que gouverner donne droit au luxe.
De l’autre, ceux qui savent que gouverner impose l’exemplarité, surtout dans un pays pauvre.


 


L’Histoire jugera les actes.
Mais le peuple, lui, a déjà rendu son verdict.


On peut rouler en 4x4 et perdre toute crédibilité.
On peut refuser le luxe et rester du bon côté de l’Histoire


Par Aly BATHILY


A Paris, le 06 janvier 2025

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Publié par

Harouna Fall

editor

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