Boubacar Mohamed Racine SY: "Un Bassirou Diomaye Faye épuré des détails..."

vendredi 25 septembre 2026 • 645 lectures • 3 commentaires

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Boubacar Mohamed Racine SY: \

iGFM - (Dakar) Il y a des interviews que l’on regarde pour savoir ce qu’un responsable politique va annoncer. Et puis, il y en a d’autres que l’on regarde pour comprendre comment il se situe dans sa fonction.

L’entretien du Président de la République Bassirou Diomaye Faye appartient, à mes yeux, davantage à cette seconde catégorie.


Ce qui frappe d’abord, ce n’est pas la quantité d’informations livrées. C’est le registre dans lequel le président répond. Il est sobre, sec, parfois tranchant. Il ne cherche pas à séduire, encore moins à s’attarder dans des explications destinées à rassurer. Il répond, il replace la question dans son cadre et il avance.


Ce choix de langage donne à l’entretien une tonalité particulière : celle d’un homme qui semble vouloir parler depuis la fonction présidentielle plutôt que depuis son histoire politique personnelle.


C’est particulièrement visible sur Macky Sall.


La question était évidemment chargée politiquement. Pourquoi soutenir celui qui a dirigé le régime sous lequel Bassirou Diomaye Faye et les siens ont combattu ? Pourquoi défendre aujourd’hui la candidature internationale d’un ancien adversaire ? 


Le Président de la République ne répond pas sur le terrain du ressentiment. Il parle de l’Afrique, de sa représentation dans les institutions internationales, de la réforme de l’architecture financière internationale et du profil du candidat.


C’est là que se trouve peut-être l’un des aspects les plus intéressants de son discours. Le président semble accepter le coût politique de la distance avec son ancien camp pour défendre ce qu’il présente comme une position d’État.


Il est possible tout naturellement de contester cette décision. Il est possible aussi de considérer qu’elle rompt avec certaines attentes de son électorat. Toutefois, son raisonnement, lui, est clairement posé. Une fois investi de la fonction présidentielle, son référentiel n’est plus seulement celui du militant ou du compagnon de combat. Il devient celui du chef de l’État, père de la nation.


C’est aussi ce qui donne un autre relief à la question de la « trahison ».


Là encore, Diomaye ne répond pas comme un responsable de parti. Il répond tout simplement comme un Président de la République. 


Il ramène la notion de trahison à son serment présidentiel du 2 avril 2024. Autrement dit, il établit lui-même une hiérarchie des fidélités : avant les fidélités politiques, personnelles ou militantes, il place l’engagement pris devant le peuple sénégalais, le seul valable d’ailleurs.


La même logique apparaît dans sa réponse sur Ousmane Sonko. Il ne nie pas les divergences. Il ne cherche pas non plus à refaire toute l’histoire de leur compagnonnage.


Il évoque des « divergences persistantes », puis de « rupture de confiance », avant de rappeler les pouvoirs constitutionnels qui lui permettent de nommer le Premier ministre. Là encore, il ramène une question éminemment politique vers le fonctionnement normal pour ne dire banal des institutions.


Et, c’est probablement l’un des fils rouges de cet entretien. En effet, Diomaye parle beaucoup moins en homme de camp qu’en homme d’institution.


La Constitution occupe ainsi une place importante dans son raisonnement. Ce qui me rend particulièrement heureux puisque attaché rigoureusement à la charte fondamentale et à son respect scrupuleux.


Sur l’Assemblée nationale, il ne dit pas que la dissolution aura lieu. Il ne dit pas non plus qu’elle n’aura pas lieu. Il rappelle simplement qu’il s’agit d’une prérogative constitutionnelle et que son éventuelle utilisation dépendra du contexte et de la nécessité. Il renvoie également à l’intérêt supérieur du peuple et à la nécessité de préserver la fluidité entre les institutions.


Ce point mérite d’être relevé parce qu’il touche à quelque chose de plus profond que la seule question d’une dissolution. Le président semble vouloir inscrire son action dans les limites et les possibilités que lui donne la Constitution. Il ne présente pas les institutions comme des obstacles à contourner selon les circonstances mais comme des cadres dans lesquels chacun doit exercer ses responsabilités.


Une Constitution ne peut pas être invoquée uniquement lorsqu’elle arrange. Elle définit aussi des pouvoirs, des limites, des procédures et des responsabilités. Dans cet entretien, le President Faye revient précisément à cette logique : lorsqu’une question concerne le pouvoir présidentiel, il renvoie à la Constitution ; lorsqu’elle concerne l’Assemblée, il renvoie à la responsabilité de cette institution ; lorsqu’elle concerne le gouvernement, il rappelle ses prérogatives ; lorsqu’elle concerne les relations internationales, il invoque la souveraineté de l’État. C’est particulièrement fort.


Même sa réponse sur l’homosexualité procède de cette mécanique. À la notion de « communauté internationale », il oppose une question simple : « De quelle communauté internationale parlez-vous ? » Puis il déplace immédiatement le débat vers la souveraineté des États.


Son raisonnement est celui de la réciprocité. Le Sénégal respecte les choix législatifs des autres États. Il demande seulement, en retour, que ses propres choix soient respectés. La réponse est courte, directe, sans détour.


C’est précisément cette économie de mots qui donne son style à l’entretien. Il y a peu d’effets de manche. Peu de grandes envolées. Beaucoup de réponses ramassées autour de quelques principes : souveraineté, Constitution, responsabilité institutionnelle, intérêt national, représentation de l’Afrique.


Même lorsqu’il défend Macky Sall, son argumentation dépasse la personne de Macky Sall. Il parle de la place de l’Afrique, du système financier international et de la capacité d’un candidat à parler aux différents membres des Nations unies.


Il inscrit donc son choix dans une lecture plus large des intérêts du continent et de la place du Sénégal dans le système international.


Il y a donc quelque chose d’assez singulier dans cette séquence politique. Celui qui vient d’un camp politique qui s’est construit dans une forte opposition au régime précédent se retrouve aujourd’hui à défendre, dans l’arène internationale, la candidature de celui qui incarnait ce régime. Ce déplacement n’efface évidemment pas l’histoire politique récente du Sénégal. Mais il montre que l’exercice du pouvoir peut produire une autre hiérarchie des priorités.


Et c’est peut-être finalement cela que cet entretien donne à voir.


Le passage du militant à l’homme d’État, avec ce que cela suppose de distance, de renoncements et de choix parfois difficiles à expliquer à son propre camp.


Le style, lui, est à l’image de cette posture. Il est sobre, sec, sérieux et tranchant.
Peu d’effets de manche, peu de détours, mais un recours constant à quelques repères : la Constitution, l’intérêt national, la souveraineté, la responsabilité des institutions et la place de l’Afrique.


Au fond, cet entretien apparaît comme l’incarnation d’une certaine conception de la fonction présidentielle. Celle d’un chef de l’État qui entend désormais parler et agir depuis la République, avec ses pouvoirs, ses limites et ses responsabilités, plutôt que depuis les fidélités de son passé politique.


C’est peut-être là, finalement, que réside l’essentiel de ce « Diomaye épuré des détails ».


Boubacar Mohamed Racine SY
Juriste - Écrivain

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Publié par

Harouna Fall

editor

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