PLFR 2026 : de la souveraineté proclamée à l’isolement financier, les leçons de la période 2024-2026

lundi 21 septembre 2026 • 350 lectures • 0 commentaires

Blog 6 heures Taille

PLFR 2026 : de la souveraineté proclamée à l’isolement financier, les leçons de la période 2024-2026

iGFM - (Dakar) Le Projet de loi des finances Rectificative 2026 (PLFR 2026) soumis à l'Assemblée nationale le 18 septembre 2026 révèle une situation budgétaire d'une gravité exceptionnelle : déficit à 7,6 % du PIB, subventions énergétiques multipliées par 3,2, recettes fiscales en chute de 453 milliards FCFA, dette non financière cachée de 300 milliards régularisée en urgence, besoin de financement de 6 774 milliards FCFA. Cette note retrace les origines, analyse les dérives et dessine les perspectives.

Pour comprendre les dérives du PLFR 2026, il faut remonter à leur source réelle  non pas la hausse du baril ni le phénomène El Niño, causes conjoncturelles certes réelles mais amplifiées. La cause structurelle est ailleurs : 


Dissimulation 2019-2024 → Dette réelle ≈ 100 % PIB (vs 65,9 % affiché) 
→ Révélation sept. 2024 → Suspension programme FMI (1,8 Md$) → Recours aux marchés UEMOA à 6-10 % au lieu de 1-2 % → Service de la dette +44,5 % au T4 2024 → Dégradation S&P : CCC+ puis CC (1er sept. 2026) → Besoin de financement 6 774 Mds | Amortissement 4 516 Mds | Arriérés 300 Mds → PLFR 2026 : déficit à 7,6 % du PIB… La période 2024-2026 fut marquée par un certain nombre de dérives profondes.


Dérive 1 : Une mise à genoux progressive du tissu productif


L'une des conséquences les plus graves et les moins documentées de la période 2024-2026 est l'arrêt brutal de nombreux chantiers du bâtiment et des travaux publics (BTP), secteur structurant qui représente en temps normal plus de 8 % du PIB sénégalais et emploie directement et indirectement plusieurs centaines de milliers de personnes. 


Les effets sur le secteur privé ont été immédiats et sévères. Les PME et PMI du BTP, dont la survie dépend de la régularité des paiements de l'État, se sont retrouvées prises en étau entre des charges fixes incompressibles salaires, locations de matériel, remboursements bancaires et des recettes taries par le gel des chantiers. L'endettement du secteur privé vis-à-vis du système bancaire s'est mécaniquement alourdi : les entreprises ont maintenu leurs lignes de crédit pour rester à flot, consolidant ainsi leurs dettes à court terme en passifs de moyen terme à des taux de marché ordinaires. Les banques commerciales sénégalaises ont vu leur portefeuille de créances douteuses progresser sensiblement sur cette catégorie de débiteurs.


Selon les chiffres évoqués par les autorités en 2026, les engagements liés au secteur représenteraient environ 600 milliards FCFA, dont près de 300 milliards FCFA de prestations déjà réalisées et environ 269 milliards FCFA de remboursements fiscaux.


Cette situation a provoqué une crise de liquidité dans tout l’écosystème du BTP. Les entreprises ont retardé leurs investissements, réduit leurs effectifs et accru leur recours au crédit bancaire. Le coût du redressement budgétaire a ainsi été partiellement transféré au secteur privé.


Dérive 2 : Le recours massif au marché UEMOA 


En l'absence de programme FMI actif entre 2024 et 2026, le Sénégal a massivement sollicité le marché financier sous-régional de l'UEMOA bons du Trésor et obligations du Trésor émis sur le marché de la BCEAO et du CREPMF pour couvrir ses besoins de financement courants. Ce recours, présenté comme un acte de souveraineté financière, a en réalité produit un effet pervers qui hypothèque à la fois les finances publiques sénégalaises et la santé du système bancaire régional.


Les intérêts et commissions sur la dette publique passent de 1 190,6 à 1 285,2 milliards FCFA. Cette hausse de 94,6 milliards est le prix direct de la dégradation de la signature souveraine du Sénégal : recours aux bons du Trésor à maturité courte à des taux précomptés plus élevés, conséquence de deux ans de financement sans programme FMI. Au premier trimestre 2025, le service de la dette avait déjà progressé de 23,98 % en glissement annuel, après un bond de 44,5 % au T4 2024.


Dérive 3 : Le PRES : une ambition tirée par les cheveux 


Présenté en août 2025, le Plan de Redressement Économique et Social (PRES) visait à renforcer la mobilisation des ressources internes afin de réduire la dépendance à l’endettement extérieur.


Des  projections de rendement  d’un optimisme béat : 90 milliards réalisés sur 700 prévus en 2025, puis une LFI 2026 qui multiplie par 8,5 ces résultats effectifs : c'est une erreur de calibrage que le FMI avait signalée et qui se paie en 451 milliards de moins-values dans le PLFR.


Dérive 4 — Les recettes : -340 milliards FCFA


La baisse des recettes de 340 milliards FCFA résulte principalement de l'échec du PRES à produire ses rendements attendus. La taxe sur les jeux de hasard  annoncée à 300 milliards dans la LFI est révisée à 120 milliards. Les droits de sortie sur l'arachide et la taxe sur l'exportation d'or n'ont pas été perçus. La régularisation foncière massive n'a pas produit les recettes escomptées. Les conventions de concession des opérateurs téléphoniques n'ont pas été renouvelées. Ce n'est pas un choc exogène c'est une surestimation systématique des recettes nouvelles.


En résumé ce que entre autres PLFR 2026 dit la dégradation de la note souveraine est explicitement citée comme facteur de renchérissement de la dette, L'échec partiel du PRES est reconnu et chiffré (451 milliards de moins-values) La dette non financière héritée est intégrée et régularisée (300 milliards), La hausse des prix des hydrocarbures d'août 2026 est présentée comme mesure d'ajustement.


La période 2024-2026 a  révélé les limites d’une stratégie fondée sur des hypothèses de recettes trop optimistes, un recours coûteux au marché financier régional et un ralentissement de l’investissement public. Les difficultés rencontrées, la crise du BTP, les tensions de trésorerie du secteur privé et le retour progressif vers les financements multilatéraux montrent que la souveraineté ne peut se construire sans crédibilité financière et sans croissance du secteur productif.


Le PLFR 2026 va révéler également un paradoxe institutionnel : l’ancien Premier ministre Ousmane SONKO, limogé pour insuffisance de résultats  et principal concepteur du PRES, se retrouve désormais à la tête de l’Assemblée nationale, institution appelée à examiner les résultats de son plan.


Avec l’arrivée du nouveau Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô et le retour du FMI, le  Projet de loi des finances Rectificative 2026 marquera le passage d’une logique de rupture à une logique de résultats. Les priorités sont désormais connues : apurer progressivement la dette intérieure, relancer les chantiers structurants, rétablir la confiance des partenaires financiers, soutenir le secteur privé et renforcer l’évaluation indépendante des politiques publiques.


Le temps de la révélation est passé. Celui de l’exécution et des résultats commence.


Lansana Gagny SAKHO


Membre Fondateur de Kiiraay les Republicains 

Cet article a été ouvert 350 fois.

Publié par

Harouna Fall

editor

Soyez le premier à commenter

Je m'appelle

Téléchargez notre application sur iOS et Android

Contactez-nous !

Service commercial