Autosuffisance en moutons de Tabaski : pourquoi le Sénégal doit changer de modèle maintenant?

mardi 21 avril 2026 • 668 lectures • 0 commentaires

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Autosuffisance en moutons de Tabaski : pourquoi le Sénégal doit changer de modèle maintenant?

iGFM – (Dakar) Malgré des chiffres en hausse et des objectifs dépassés en 2024, le Sénégal reste confronté à des défis structurels majeurs pour atteindre une autosuffisance durable en moutons de Tabaski. Dans une contribution, l’ingénieur agronome et financier Djibril BA appelle à une transformation profonde de la filière, fondée sur l’investissement, l’innovation et une logique d’agrobusiness.

L’ambition du Sénégal d’atteindre l’autosuffisance en moutons de Tabaski progresse, mais le défi reste entier. Avec plus de 885 000 têtes recensées en 2024, au-delà des objectifs fixés par les autorités, les résultats sont encourageants. Pourtant, pour de nombreux observateurs, ces performances ne suffisent pas à garantir une souveraineté durable du sous-secteur.


Dans une analyse à forte portée stratégique, Djibril BA, ingénieur agronome, ingénieur financier et président du mouvement PROGRES, estime qu’il est temps de passer d’une réponse conjoncturelle à une réforme structurelle de la chaîne de valeur.


« L’autosuffisance ne se mesure pas seulement au nombre de moutons disponibles, mais aussi à leur coût, à leur qualité et à leur accessibilité pour les ménages », souligne-t-il.


Des progrès visibles, mais une dépendance persistante 


Depuis plusieurs années, l’État a engagé plusieurs programmes structurants, notamment le Programme national de développement intégré de l’élevage (PNDIES), complété par d’autres initiatives comme le Programme national d’autosuffisance en moutons.


Ces efforts ont permis une amélioration notable de l’offre locale. Mais dans les faits, le marché sénégalais reste encore fortement tributaire des importations en provenance du Mali, du Niger et de la Mauritanie, surtout à l’approche de la Tabaski.


Cette dépendance expose le pays aux aléas régionaux, qu’ils soient logistiques, sécuritaires ou économiques.


À cela s’ajoutent les coûts élevés de production, notamment ceux liés à l’aliment de bétail, au transport et aux charges d’exploitation, qui continuent de peser lourdement sur les prix.


Conséquence : pour de nombreuses familles, l’accès au mouton reste une équation difficile.


Rompre avec la gestion saisonnière 


Pour Djibril BA, le véritable problème réside dans une approche encore trop centrée sur la période de Tabaski.


Selon lui, cette gestion cyclique empêche l’émergence d’un élevage moderne, compétitif et résilient.


L’auteur appelle ainsi à un changement de paradigme, en adoptant une approche intégrée de la chaîne de valeur, inspirée des logiques de l’agrobusiness.


L’idée est claire : ne plus se focaliser uniquement sur le volume, mais structurer l’ensemble de la filière, de la production à la commercialisation.


Le pari stratégique des fermes intégrées 


Parmi les solutions avancées, Djibril BA propose le développement de grandes fermes intégrées d’au moins 50 hectares, associant bergeries modernes et culture fourragère.


Un modèle qui permettrait de sécuriser l’alimentation du cheptel, de réduire les coûts et de stabiliser les prix sur le marché national.


Ces unités pourraient également devenir de véritables pôles d’innovation et de formation pour les éleveurs. 


Le financement, clé de voûte de la réforme 


L’autre levier jugé décisif concerne l’accès au financement. L’auteur insiste sur la nécessité de mobiliser des ressources financières importantes dès le début du cycle de production, afin de permettre aux éleveurs d’anticiper les besoins en infrastructures, en aliments et en soins vétérinaires.


Selon lui, les financements tardifs compromettent toute la chaîne de valeur et fragilisent les performances attendues à l’approche de la fête. Il plaide également pour un renforcement des partenariats avec les institutions financières, notamment la Banque africaine de développement (BAD).


Vers une véritable souveraineté de l’élevage 


Au-delà de la Tabaski, la réflexion posée par Djibril BA ouvre le débat sur l’avenir du sous-secteur de l’élevage au Sénégal.


Culture fourragère, accès à l’eau, intrants vétérinaires, lutte contre le vol de bétail, structuration des éleveurs : autant de chantiers qui conditionnent l’atteinte d’une autosuffisance réelle. Pour l’auteur, le Sénégal dispose aujourd’hui d’une opportunité historique pour bâtir une filière solide, compétitive et durable.


La question n’est plus seulement d’avoir assez de moutons pour la fête, mais de faire de l’élevage un pilier de la souveraineté alimentaire nationale.


AMADOU SABAR BA

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Publié par

Mame Fama GUEYE

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