La fillette qui a failli être mariée à 10 ans porte son histoire jusqu'aux Nations Unies
mardi 1 septembre 2026 • 489 lectures • 0 commentaires
Blog
2 heures
Taille
iGFM - (Dakar) La Première Dame de la Sierra Leone revient sur la scène internationale avec une proposition visant à consacrer une journée internationale à la lutte contre le mariage des enfants.
Vers l'âge de 10 ans, Fatima Maada Bio savait déjà qui elle était censée épouser.
Elle n'était qu'une enfant, mais une décision d'adulte avait déjà été prise quant à l'orientation que devait prendre sa vie. D'une manière ou d'une autre, elle a échappé à cet avenir.
Le mardi 4 septembre, de nombreuses années après que cette petite fille aurait pu être mariée sans son consentement, la Première Dame de la Sierra Leone doit se présenter devant l'Assemblée générale des Nations Unies avec une proposition visant à protéger des millions de filles du même sort.
Elle devrait y présenter un projet de résolution demandant que le 27 novembre soit proclamé « Journée internationale pour l'élimination du mariage des enfants, du mariage précoce et du mariage forcé ». La proposition est nouvelle : cette date n'est pas encore une commémoration officielle des Nations Unies. Il s'agit d'un appel lancé à la communauté internationale afin qu'elle accorde à cette question une place permanente dans son calendrier, et donc une attention et une action durables.
Ce parcours a quelque chose de profondément personnel. Selon les documents d'information du cabinet de la Première Dame de la Sierra Leone, elle savait, vers l'âge de 10 ans, qui elle était censée épouser, et n'a échappé que de justesse au mariage des enfants. Cette expérience n'est pas restée une simple note en bas de page dans sa vie : elle est devenue l'une des raisons pour lesquelles elle consacre depuis des années à défendre les droits et la protection des femmes et des filles.
L'engagement public de la Première Dame l'a menée des communautés de la Sierra Leone jusqu'à certaines des plus grandes tribunes internationales. Sa campagne phare, « Hands Off Our Girls » (« Bas les pattes sur nos filles »), vise à mettre fin au viol, au mariage précoce et à la violence à l'égard des femmes et des filles ; son action s'étend également à l'éducation des filles, à la santé des femmes et à d'autres enjeux touchant les communautés vulnérables.
Ce retour aux Nations Unies revêt toutefois, cette fois-ci, un poids particulièrement personnel. Elle y aborde un sujet qui aurait pu marquer sa propre enfance, et demande à la communauté internationale de lui accorder une attention plus grande et plus durable.
Ce n'est pas sa première tentative d'inscrire la protection de l'enfance à l'agenda des Nations Unies. En 2022 déjà, elle avait été à l'origine de l'initiative ayant conduit l'Assemblée générale à proclamer le 18 novembre « Journée mondiale pour la prévention et la guérison de l'exploitation, des abus et de la violence sexuels à l'égard des enfants ». L'ONUSIDA la présente comme ayant été le fer de lance de l'adoption de cette toute première journée mondiale. Les Nations Unies ont par ailleurs continué de renforcer leur action contre le mariage des enfants, précoce et forcé : en décembre 2024, l'Assemblée générale a adopté une résolution sur cette question.
La Sierra Leone avance également sur le plan national. Le pays a adopté en 2024 une loi interdisant le mariage de toute personne de moins de 18 ans. Ainsi, lorsque Fatima Maada Bio entrera à l'Assemblée générale cette semaine, elle portera une histoire qui aura traversé plusieurs étapes : celle d'une jeune fille, devenue campagne nationale, puis législation, et aujourd'hui nouvelle tentative d'obtenir une place pour cette cause dans le calendrier mondial.
Les chiffres qui sous-tendent cette question sont accablants. Les Nations Unies et d'autres organisations internationales décrivent régulièrement le mariage des enfants comme un obstacle majeur à l'éducation, à la santé, aux opportunités économiques et à l'autonomie des filles. Mais derrière chaque statistique se trouve une fille dont l'enfance est écourtée : une école qu'elle risque de quitter, des amies qu'elle risque de perdre, des choix qu'elle ne pourra peut-être jamais faire, un avenir qui pourrait être décidé pour elle avant même qu'elle soit en âge d'en comprendre le sens. C'est pourquoi l'histoire personnelle de la femme qui porte cette proposition compte autant.
Fatima Maada Bio sait ce que signifie, pour des adultes, imaginer l'avenir d'une fille avant qu'elle n'ait eu l'occasion d'imaginer le sien. Elle sait aussi ce que signifie d'y échapper. Cela confère à son plaidoyer une dimension humaine particulière : il s'agit d'une question qu'elle a vécue enfant et qu'elle porte aujourd'hui dans sa vie publique d'adulte.
Son combat dépasse aussi la seule question du mariage des enfants. La semaine dernière, la publication OncoDaily l'a distinguée parmi les 100 femmes influentes en oncologie pour 2026, saluant son action en faveur de la santé des femmes et de la prévention du cancer. L'article met en avant son partenariat avec la Fondation Merck, qui a soutenu la formation médicale spécialisée en Sierra Leone, notamment par des bourses ayant contribué à développer le personnel de lutte contre le cancer dans le pays. Il souligne également son plaidoyer pour le dépistage précoce et la sensibilisation au cancer du sein, ainsi que sa participation aux discussions autour de l'Initiative mondiale de l'OMS contre le cancer du sein — un nouvel aspect d'un rôle public qui déborde de plus en plus le cadre traditionnel de Première Dame.
Il y a aussi la protection de l'enfance et la santé des femmes. Il y a l'éducation des filles, et la question plus large de la manière dont les pays protègent les femmes et les enfants, qui ont souvent le moins de pouvoir sur les décisions qui les concernent.
Cette reconnaissance internationale en oncologie est significative pour une autre raison : elle montre que son engagement est remarqué dans des domaines bien éloignés des projecteurs politiques où l'on situe habituellement les Premières Dames. La campagne contre le mariage des enfants reste néanmoins différente : elle touche à sa propre enfance d'une manière inhabituellement directe.
La Sierra Leone, en tant que pays, a elle aussi de bonnes raisons de suivre ce qui se passe cette semaine à New York. Le pays a déjà franchi l'étape importante d'interdire le mariage des enfants de moins de 18 ans. La Première Dame a été l'une des voix les plus visibles pour porter la protection des filles au cœur du débat national. Son action a également reçu une reconnaissance internationale, notamment sa nomination par l'ONUSIDA comme championne pour l'autonomisation et l'engagement des adolescentes et des jeunes femmes.
Elle ramène aujourd'hui ce débat aux Nations Unies. La journée internationale proposée ne mettra pas, à elle seule, fin au mariage des enfants. Une date au calendrier des Nations Unies ne peut ni maintenir une fille à l'école, ni la protéger d'un foyer maltraitant, ni changer les circonstances qui rendent certaines familles susceptibles de marier leurs filles. Cela suppose des lois, une application effective, l'éducation, des opportunités économiques, une protection sociale, et des changements de mentalités qui peuvent prendre des générations.
Mais les journées internationales permettent de maintenir un sujet vivant. Elles offrent aux gouvernements, aux écoles, aux organisations de la société civile, aux communautés et aux agences internationales l'occasion de revenir chaque année sur un problème, d'en mesurer les progrès et de se rappeler ce qui reste à accomplir. C'est là toute l'opportunité que représente le 27 novembre.
C'est peut-être aussi pour cela que l'histoire de la petite fille qui a failli devenir une enfant mariée mérite d'être rappelée au moment où Fatima Maada Bio entrera à l'Assemblée générale. Elle n'est plus cette petite fille. Elle a reçu une éducation et est devenue journaliste, actrice, militante, mère, puis Première Dame de la Sierra Leone. Elle est aussi devenue présidente de l'Organisation des Premières Dames africaines pour le développement. Elle demande aujourd'hui au monde d'offrir à des millions de filles ce qu'elle a eu la chance de connaître : la possibilité de grandir et de devenir tout cela, et bien plus encore, avant que quelqu'un d'autre ne décide de ce que leur vie doit être.
C'est cela, au nom de la Sierra Leone et du monde, qu'elle porte aux Nations Unies ce 4 septembre. Non pas un discours, ni un titre. Une histoire puissante, que l'Assemblée générale se doit d'écouter et sur laquelle elle se doit d'agir.
NOTE : L'auteur est président sortant de l'Association des journalistes de Sierra Leone (SLAJ) et préside le groupe de travail sur le changement climatique de la Fédération des journalistes africains (FAJ).
Ticha Lemp Lemp | Mardi 1er septembre 2026 | Autonomisation des femmes et des filles | Édition internationale spéciale
Par Ahmed Sahid Nasralla (De Monk)
Fatima Maada Bio, Première Dame de la Sierra Leone
Publié par
Mame Fama GUEYE
editor
![]()
iRevue du 1 sept.
Il est 20:13 •
27°C
Nous avons sélectionné les meilleurs articles de la journée.
Une revue sera automatiquement générée avec les meilleurs articles du moment sur les différents supports iGFM, Record et L'Obs.
La fillette qui a failli être mariée à 10 ans porte son histoire jusqu'aux Nations Unies
490 lectures • 0 commentaires
Blog 2 heures
Fonds politiques : Quand l'Assemblée nationale veut vider le social et le religieux de leur substance
820 lectures • 5 commentaires
Blog 1 jour
Tribune: " Payer le créancier étranger sans délai, faire attendre le fournisseur sénégalais jusqu'à la faillite"
679 lectures • 0 commentaires
Blog 4 jours
Gamou Tivaouane : 254 interventions, 04 corps sans vie (Bilan)
703 lectures • 0 commentaires
Blog 4 jours
Contribution- Quand les revers juridiques deviennent-ils un argument politique ?
746 lectures • 0 commentaires
Blog 1 semaine
PORTRAIT- Serigne Babacar Sy : Le premier Khalife, l'éternel guide de Tivaouane
1138 lectures • 0 commentaires
Blog 1 semaine

La lecture continue...
Gamou Tivaouane : 254 interventions, 04 corps sans vie (Bilan)
703 lectures • 0 commentaires
Blog 4 jours
Contribution- Quand les revers juridiques deviennent-ils un argument politique ?
746 lectures • 0 commentaires
Blog 1 semaine
PORTRAIT- Serigne Babacar Sy : Le premier Khalife, l'éternel guide de Tivaouane
1138 lectures • 0 commentaires
Blog 1 semaine

Soyez le premier à commenter