Le financement public-privé peut-il faire de la filière ovine un moteur d’emplois et de souveraineté alimentaire ?

vendredi 2 octobre 2026 • 83 lectures • 0 commentaires

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Le financement public-privé peut-il faire de la filière ovine un moteur d’emplois et de souveraineté alimentaire ?

iGFM - (Dakar) Que révèle chaque Tabaski sur l’économie ovine du Sénégal : un manque de moutons ou une chaîne de valeur trop peu financée et organisée ? Pour 2026, les besoins sont estimés à 860 000 moutons, avec des importations attendues entre 250 000 et 300 000 têtes.

En 2024, elles avaient atteint 297 488 têtes. Ces chiffres ne traduisent pas seulement une tension saisonnière. Ils montrent qu’une demande considérable reste insuffisamment liée aux producteurs, aux capitaux et aux marchés du pays.


La souveraineté alimentaire dépend aussi du financement de la production locale. Cette priorité traverse la Vision Sénégal 2050 et la Stratégie de souveraineté alimentaire 2025-2034. Avec le Pacte AgriConnect, le pays vise 90 % de sécurité alimentaire et la création de 800 000 emplois formels d’ici 2029. Le MASAE a engagé vingt-neuf banques et quatre institutions financières dans un programme d’investissement de 1 470 milliards de FCFA sur cinq ans, visant à créer 90 000 emplois pour les jeunes et les femmes. Ces ambitions exigent des mécanismes capables de transformer les priorités publiques en projets financables.


Le potentiel existe déjà. Selon l’Agence nationale de la statistique et de la démographie, la production de l’élevage a atteint 1 141,1 milliards de FCFA en 2024, et les effectifs ovins ont progressé de 5,8 %. Pourtant, les activités restent dispersées, peu structurées et insuffisamment documentées. Les banques y voient un risque élevé. Les producteurs trouvent rarement des crédits adaptés aux cycles biologiques, aux aléas sanitaires et climatiques, et aux besoins de trésorerie. Ce décalage freine la création de valeur, de revenus et d’emplois.


Le Fonds d’Appui à la Stabulation répond à ces contraintes. Placé sous la tutelle du MASAE, le FONSTAB ne doit pas être vu comme un simple guichet, mais comme une architecture publique de partage des risques. Ses instruments de garantie, de bonification, de crédit et d’appui à l’innovation réduisent les obstacles à l’investissement et améliorent les conditions de prêt. La ressource publique joue pleinement son rôle : préparer au mieux les projets et attirer des capitaux privés, communautaires et partenaires vers l’économie productive.


Cette architecture exige une action collective. L’État fixe le cap et sécurise les instruments. Les institutions financières apportent les capitaux et la discipline de gestion. Les collectivités assurent l’ancrage territorial. Les coopératives regroupent la demande et organisent l’accès au marché. L’assurance bétail, les assureurs, les vétérinaires, les fournisseurs d’aliments, les producteurs de fourrage, les transformateurs et les commerçants renforcent la viabilité des investissements. Le financement devient ainsi une plateforme de coordination, plutôt qu’une transaction isolée entre un prêteur et un éleveur.


Le projet Initiative des Maires pour l’Autosuffisance en Moutons (IMAM2) concrétise cette approche. Heifer International Sénégal, qui travaille avec les communautés pour mettre fin à la faim et à la pauvreté tout en prenant soin de la Terre, aide les producteurs à se structurer en coopératives, à renforcer leur gouvernance et à transformer leurs idées en modèles économiques viables. Heifer International prépare les propositions de financement, développe des business plans adaptés, renforce les compétences techniques et financières et accompagne la mise en œuvre. Le FONSTAB instruit les dossiers, facilite l’accès au crédit et organise le suivi post-financement, tandis que l’Office national de Formation professionnelle apporte son expertise en formation aux métiers de l’élevage.


Dans ce cadre, près de 700 bénéficiaires de six coopératives recevront 575 031 732 FCFA, dont 421 748 232 FCFA facilités par Heifer International Sénégal pour quatre coopératives. Leurs plans d’affaires couvrent 559 exploitations et autant d’emplois permanents. Ils combinent la reproduction ovine pour accroître le cheptel et l’embouche pour générer rapidement des revenus. Globalement, IMAM2 a engagé 189 municipalités, appuyé 959 groupements d’entraide et contribué à la création de 30 coopératives dans 10 régions. Ces résultats montrent comment un investissement bien préparé peut irriguer les territoires, soutenir les services locaux et ouvrir des perspectives aux femmes et aux jeunes.


La remise symbolique des chèques et des attestations n’est pas une fin en soi. Elle marque le passage de la formation à l’investissement productif et ouvre la phase la plus exigeante : exécuter les plans d’affaires, gérer les ressources, suivre les exploitations et respecter les engagements de remboursement. Le résultat ne sera pas le montant annoncé le jour de la cérémonie, mais la capacité des entreprises à produire, vendre, rembourser, réinvestir et grandir.


Un crédit mal préparé peut fragiliser un ménage ; un crédit accompagné peut créer une entreprise. Les formations en santé animale, en alimentation, en production fourragère, en biosécurité, en gestion et en commercialisation réduisent les risques pour les éleveurs et les banques. L’assurance agricole, le conseil et le suivi des remboursements protègent l’investissement. Bien gouvernée, la coopérative facilite l’achat groupé, la traçabilité et la négociation commerciale. Elle accompagne la formalisation progressive : les exploitations construisent un historique financier, gagnent la confiance des banques, des institutions financières et des acheteurs et rendent les emplois plus durables, notamment pour les femmes et les jeunes.


La souveraineté alimentaire ne se gagnera pas par un acte réglementaire. Elle progressera lorsque les producteurs organisés pourront investir, apprendre et accéder durablement aux marchés. En réunissant l’État, les institutions financières, les partenaires techniques, le secteur privé et les communautés, ce modèle peut faire de la filière ovine un moteur d’emplois. L’enjeu dépasse la prochaine Tabaski. Il consiste à retenir davantage de valeur et d’emplois dans les territoires et à construire la confiance qui permettra aux éleveurs, aux pouvoirs publics et aux financeurs d’investir ensemble dans la durée.



Par Mme Fatoumata Diop Bakhoum Diouf, Administratrice du FONSTAB, et Dr Daouda Ndao, Directeur national de Heifer International Sénégal


Mme Fatoumata Diop Bakhoum Diouf, administratrice du FONSTAB, est ingénieure des travaux en élevage et spécialiste du développement rural et de la microfinance. Dr Daouda Ndao, directeur national de Heifer International Sénégal, est docteur vétérinaire et spécialiste des chaînes de valeur agricoles, de la sécurité alimentaire et du développement communautaire.


 

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Publié par

Harouna Fall

editor

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