"Monsieur le Président, prenez vos responsabilités — maintenant" ( Par Samba Kara NDIAYE)

dimanche 25 octobre 2026 • 461 lectures • 3 commentaires

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iGFM - (Dakar) Le Sénégal vit, en ce mois d'octobre 2026, un moment institutionnel grave. Pour la première fois depuis l'avènement de la Ve République, une majorité parlementaire — celle-là même qui a porté le pouvoir en 2024 — s'apprête à bloquer la loi de finances rectificative (LFR) 2026 et la loi de finances initiale (LFI) 2027.

 Ce faisant, elle tient le pays en otage. Devant ce fait accompli, une seule voie s'offre au Président de la République : assumer immédiatement ses responsabilités constitutionnelles et garantir aux Sénégalais leur budget.



Un blocage inédit, une responsabilité partagée



La commission des lois de l'Assemblée nationale a rejeté la LFR 2026, le 24 octobre, au motif que ses conditions — notamment l'encadrement légal des fonds spéciaux — n'auraient pas été satisfaites. Le président de l'Assemblée avait déjà averti : aucun des deux textes ne passerait tant que le contrôle des crédits spéciaux ne serait pas pris en compte. On peut débattre du bien-fondé de cette exigence de transparence — elle est, sur le fond, légitime. Mais il existe une manière républicaine de l'imposer : l'amendement, le débat, le vote. Il en existe une autre : l'obstruction, la prise en otage des finances publiques, la menace permanente. La première honore le Parlement. La seconde déshonore la démocratie.



Rejeter un budget n'est pas un acte anodin. C'est priver l'État de sa respiration. Ce sont les fournisseurs de l'État qui attendront leurs paiements, les collectivités locales qui suspendront leurs chantiers, les hôpitaux et les écoles qui manqueront de moyens, les ménages qui paieront, au bout du compte, le prix d'une guerre de tranchées entre anciens alliés devenus rivaux.



L'urgence : un budget avant la crise



Le calendrier ne pardonne pas. Si l'Assemblée ne se prononce pas dans les délais, c'est le pays tout entier qui basculera dans l'inconnu : report des engagements, décisions spéciales de paiement, audimat dégradé auprès des partenaires techniques et financiers, méfiance des marchés. Le Sénégal doit mobiliser plus de 6 600 milliards de FCFA en 2027, dont 4 552 milliards au titre du seul service de la dette. Dans un tel contexte, chaque semaine de blocage coûte cher. Chaque déclaration guerrière renchérit le crédit de l'État. Chaque dégâts collatéral sera payé par les Sénégalais, pas par leurs élus.



C'est pourquoi je dis : Monsieur le Président, n'attendez pas que le pays s'enfonce. Agissez maintenant.



Les instruments de la Constitution existent — utilisez-les


Le Président de la République n'est pas spectateur de cette crise. Il en est le garant, au titre de l'article 42 de la Constitution, du fonctionnement régulier des pouvoirs publics. Plusieurs leviers s'offrent à lui, et il n'a pas le luxe de les ignorer :


Engager la responsabilité du gouvernement sur le budget. Le Premier ministre peut lier le sort de son gouvernement à l'adoption des textes financiers. C'est un instrument de rupture assumée : celui qui gouverne doit pouvoir gouverner, et celui qui bloque doit assumer devant la nation les conséquences de son obstruction — jusqu'à la motion de censure, jusqu'à la dissolution si nécessaire. Le peuple doit savoir qui bloque et qui gouverne.


Faire usage, au terme du délai constitutionnel, de la voie réglementaire. Si l'Assemblée ne vote pas le budget dans les délais, la Constitution permet au Président d'en assurer l'exécution par décret. Certains y verront un acte fort ; j'y vois un acte de responsabilité. Entre un budget adopté par décret et l'absence de budget, le choix est vite fait : l'État doit vivre, payer ses agents, honorer sa dette, servir les populations.


Dissoudre l'Assemblée nationale et aller chercher une nouvelle majorité. La dissolution n'est pas une transgression démocratique ; c'est un rappel au peuple souverain. Si la majorité parlementaire estime que sa politique est celle du pays, qu'elle aille la defendre devant les électeurs. Si elle n'ose pas, alors qu'elle cesse d'agiter la menace du blocage.


Bâtir, au besoin, une majorité alternative. Les forces républicaines de ce pays ne se réduisent pas à un seul parti. Le Président peut convoquer, rassembler, construire. C'est fastidieux, cela exige du dialogue, mais c'est ainsi que fonctionne une démocratie parlementaire.


Le fond de l'affaire : le pays avant les personnes


On ne me fera pas croire que ce bras de fer est une querelle de pouvoir sur les fonds spéciaux. C'est une querelle de pouvoir entre deux hommes que l'histoire a liés et que l'ambition sépare. Le peuple sénégalais, lui, n'a pas élu un tandem en mars 2024 ; il a élu un Président de la République. Le pouvoir présidentiel ne se partage pas, et l'obstruction parlementaire non plus ne se déguise pas en vertu démocratique. Les Sénégalais observent, lassés, deux appareils politiques se déchirer pendant que leurs réalités quotidiennes — l'emploi, le pouvoir d'achat, l'électricité, la santé, l'école — attendent des réponses budgétaires précises.


Que les deux camps l'entendent : la rue ne retiendra ni les subtilités du règlement de l'Assemblée, ni les arguties constitutionnelles. Elle retiendra qui a fait tourner l'État et qui l'a bloqué.


Conclusion : la responsabilité, maintenant


Monsieur le Président de la République, vous avez été élu pour protéger les Sénégalais, pas pour assister, les bras croisés, à la paralysie de l'État. Devant le fait accompli d'une majorité qui refuse de donner au pays son budget, le silence n'est plus une option, l'attente n'est plus une stratégie. Prenez vos responsabilités immédiatement : engagez la responsabilité de votre gouvernement sur la LFR et la LFI, assumez-en les conséquences devant la représentation nationale et, si le blocage persiste, dissolvez l'Assemblée et remettez son destin au peuple.


Il vaut mieux une crise institutionnelle assumée et résolue par le suffrage qu'une lente asphyxie budgétaire qui paupérise le pays. L'histoire jugera celui qui aura fait vivre l'État — elle jugera aussi, sévèrement, ceux qui auront accepté de le laisser mourir à petit feu.


Dakar, le 25 octobre 2026
Samba Kara NDIAYE
Président du parti politique NADEMS

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Publié par

Harouna Fall

editor

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