Sénégal et rejet de la loi de finances rectificative - Lorsque le désaccord engage le pays, la sagesse devient un devoir

mercredi 4 novembre 2026 • 438 lectures • 0 commentaires

Blog 13 heures Taille

Sénégal et rejet de la loi de finances rectificative - Lorsque le désaccord engage le pays, la sagesse devient un devoir

iGFM - (Dakar) Le rejet, ce 3 novembre, du projet de loi de finances rectificative, après deux rejets en commission, marque une étape préoccupante dans les rapports entre le Gouvernement et la majorité parlementaire. 

L’adoption d’une question préalable, par 109 voix contre 20 et 3 abstentions, a clos l’examen du texte sans poursuivre la délibération.


Cette séquence intervient dans un climat de rupture politique entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. 


Elle exige de chacun une hauteur de vue à la mesure des enjeux nationaux. 


Les Sénégalais peuvent comprendre les divergences ; ils attendent de leurs dirigeants qu’ils sachent les résoudre sans compromettre les conditions de leur vie quotidienne.


Les positions exprimées méritent d’être entendues avec sérieux. 


Les députés de Pastef invoquent des réserves sur la sincérité des prévisions budgétaires et réclament des informations supplémentaires, notamment sur la dette. 


Le ministère affirme, de son côté, avoir transmis les pièces et les éclaircissements demandés. 


Cette contradiction appelle une clarification documentée, accessible et vérifiable. Elle ne peut durablement se résoudre par des déclarations opposées.


L’exigence de transparence est légitime. 


Elle protège les deniers publics et donne son sens au contrôle parlementaire. 


Mais elle doit permettre d’aboutir à des corrections précises, à des propositions et à une décision éclairée. 


De même, l’urgence financière impose au Gouvernement de convaincre par la qualité des informations fournies et par la solidité de ses choix.


Car les arbitrages en discussion touchent directement aux conditions de vie des populations. 


Le projet prévoit notamment une augmentation importante des subventions énergétiques et une réduction des crédits d’investissement. 


Ces choix engagent à la fois la protection immédiate des ménages et la préparation de l’avenir. 


Ils méritent un débat de fond à la hauteur des sacrifices qu’ils peuvent entraîner.


Dans un contexte de marges budgétaires réduites, le ministère alerte sur les difficultés de mobilisation des financements et les tensions de trésorerie qu’une incertitude prolongée pourrait accentuer. 


Les négociations avec le Fonds monétaire international ajoutent à l’importance de cette séquence. 


Il faut prendre ces risques au sérieux, sans annoncer comme certaines des conséquences qui restent à apprécier.


Derrière les équilibres financiers, il y a des entreprises qui doivent poursuivre leur activité, des emplois à préserver, des services publics à soutenir et des familles qui espèrent un soulagement. 


Leur intérêt doit demeurer le premier critère de toute décision.


J’en appelle donc au sens de l’État du président de la République, des responsables de la majorité parlementaire et du Gouvernement. 


Chacun porte une part de la solution. 


L’autorité présidentielle, la légitimité parlementaire et la responsabilité gouvernementale doivent concourir à une issue conforme au droit et utile au pays.


La sagesse commande désormais de reprendre un dialogue fondé sur des engagements concrets : préciser les documents encore contestés, confronter les hypothèses budgétaires, rendre les désaccords intelligibles et rechercher les ajustements permettant de protéger les dépenses essentielles.


Aucun responsable ne perd sa dignité en contribuant à un compromis sérieux. Savoir écouter, corriger et rapprocher les positions est aussi une manière d’exercer pleinement son autorité.


Le Sénégal a besoin de confiance, de vérité et de perspectives. Ceux qui ont reçu la responsabilité de le servir doivent préserver cet horizon commun, jusque dans leurs désaccords les plus profonds.


La sagesse en politique, c’est savoir mesurer le coût d’un affrontement pour ceux qui n’ont pas le pouvoir d’y mettre fin.


 


Maitre Bassirou Ngom 


Avocats aux barreaux du Sénégal et de Paris 

Cet article a été ouvert 438 fois.

Publié par

Harouna Fall

editor

Soyez le premier à commenter

Je m'appelle

Téléchargez notre application sur iOS et Android

Contactez-nous !

Service commercial