Néglige l’étincelle, et elle brûlera la queue de l’oiseau (Par Moussa Niang)

dimanche 9 août 2026 • 465 lectures • 0 commentaires

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Néglige l’étincelle, et elle brûlera la queue de l’oiseau (Par Moussa Niang)

Les grands incendies ne commencent jamais par les flammes. Ils naissent de l’indifférence.

Une étincelle semble toujours insignifiante. On la regarde sans inquiétude, persuadé qu’il y aura toujours le temps d’agir. Mais un jour, le feu devient incontrôlable.


La politique obéit souvent à cette même logique.


Le principal mérite du nouveau parti du Président réside peut-être dans sa capacité à absorber une multitude de micro-partis qui, pour beaucoup, n’existaient que sur le papier.


En wolof, on pourrait parler de « rassatou », cette action qui consiste à ramasser les miettes après un repas. L’image est parlante : une fois le festin terminé, il ne reste que des fragments épars que l’on rassemble.


C’est précisément à cette scène que semble assister l’opinion publique. Chaque jour, un nouveau visage apparaît pour rejoindre la nouvelle formation présidentielle. D’anciens responsables politiques, souvent à la tête de partis sans véritable ancrage populaire, choisissent progressivement cette nouvelle maison politique.


Pour les partisans de cette stratégie, ces ralliements témoignent de l’attractivité du pouvoir et de la capacité du Président à fédérer bien au-delà de son socle électoral.


Pour ses détracteurs, ils traduisent surtout une logique d’opportunité, où les intérêts individuels prennent peu à peu le pas sur les convictions.


Mais au-delà de cette opposition d’interprétations, une interrogation plus profonde mérite d’être posée.


Qui sont réellement ces nouveaux alliés ?


Une alternance ne supprime jamais les intérêts ; elle les déplace simplement.


Parmi ceux qui rejoignent aujourd’hui le parti présidentiel peuvent se trouver des acteurs dont les parcours, les réseaux ou les objectifs ne coïncident pas toujours avec l’esprit des réformes qui ont porté Pastef au pouvoir. La politique possède cette singularité de réunir, sous une même bannière, des femmes et des hommes qui poursuivent parfois des ambitions très différentes.


L’histoire nous enseigne qu’un mouvement politique ne s’affaiblit pas seulement face à l’opposition, mais aussi en raison des contradictions internes qui découlent de son expansion.


Tandis que les vainqueurs règnent, les vaincus se réorganisent.  Leurs réseaux économiques, leurs influences historiques, leurs ressources financières et leurs solidarités, patiemment tissées au fil des décennies, ne disparaissent jamais complètement.  Ils adaptent leurs méthodes, patientent et savent identifier les nouvelles opportunités d’accéder au pouvoir.


Toute alternance crée des gagnants et des perdants.  Des secteurs peuvent craindre de perdre des positions acquises lorsqu’un gouvernement engage des réformes profondes.  Des entreprises dépendantes de la commande publique, des acteurs médiatiques ou d’autres réseaux d’influence peuvent percevoir une remise en cause de leurs équilibres.  Dans une démocratie, il est naturel que chacun cherche à préserver ses intérêts.


 



Certains observateurs estiment que l’arrivée d’Ousmane Sonko à la Primature a été perçue par certains acteurs comme une rupture avec certaines pratiques passées.  Si cette interprétation est correcte, il est possible qu’à terme, ces milieux préfèrent un exercice du pouvoir plus prévisible ou conciliant.


Le choc des intérêts pourrait bien constituer l’un des enjeux politiques majeurs des années à venir. 


Le président Bassirou Diomaye Faye a reçu la légitimité de la magistrature suprême.  Au fil du temps, chaque chef de l’État forge son propre bilan, affirme son autorité et établit un lien direct avec les citoyens.  Il peut également chercher à élargir sa majorité en dialoguant avec des acteurs qui, jusqu’alors, étaient éloignés du pouvoir.


Cette évolution est classique dans toutes les démocraties. Gouverner, c’est rechercher des équilibres, bâtir des compromis et rassurer les catégories qui redoutent les ruptures.


Mais l’argent demeure l’un des leviers les plus puissants de la vie politique. Il finance les organisations, entretient les fidélités, facilite les alliances, soutient les campagnes et permet parfois à des acteurs que l’on croyait marginalisés de retrouver progressivement une influence.


Aucune majorité ne devrait donc considérer les rapports de force comme définitivement acquis.


En politique, les menaces les plus sérieuses sont rarement les plus bruyantes. Elles se construisent loin des tribunes, dans les conversations discrètes, les frustrations qui s’accumulent, les réseaux qui se reforment et les dissidences qui mûrissent.


Tout mouvement réformateur gagnerait à ne jamais sous-estimer le travail de fond de ses adversaires, qu’ils soient extérieurs ou issus de ses propres rangs. L’histoire montre que les pouvoirs tombent moins souvent sous les coups des attaques frontales que sous l’effet des foyers qu’ils ont laissé couver.


Une autre erreur consiste à croire que le rapport de force d’aujourd’hui sera celui de demain. L’euphorie de la victoire, la popularité d’un leader ou la puissance d’un appareil politique peuvent nourrir un sentiment d’invulnérabilité. Pourtant, dans une démocratie, aucune position dominante n’est éternelle.


Dans le cas de Pastef, certains pourraient considérer qu’il existe un risque si l’idée s’installe qu’Ousmane Sonko demeurera, quelles que soient les circonstances, l’unique centre de gravité électoral du camp réformateur. Une telle perception pourrait conduire à sous-estimer les évolutions du paysage politique, notamment la capacité du président Bassirou Diomaye Faye à construire progressivement sa propre légitimité, son propre bilan et sa propre assise électorale.


Le véritable danger ne réside donc pas uniquement dans l’opposition visible.


Il se manifeste également dans les frustrations silencieuses, les intérêts qui se redéfinissent, les alliances secrètes et les certitudes que l’on finit par prendre pour des vérités absolues.


Les grandes ruptures ne s’annoncent presque jamais avec fracas.


Elles commencent souvent par une étincelle que personne n’a jugée digne d’attention.


Une étincelle ne semble jamais menaçante jusqu’au jour où elle enflamme la queue d’un oiseau.

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Publié par

Birame Ndour

editor

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